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Pierre MARSEILLE 1896-1976

Chantre de la Provence mais aussi 
Le plus parisien des peintres marseillais


“ Je continuerai à m’attarder au vol de l’hirondelle, aux pétales de la rose, à un nuage, aux frissons de la vie, à tout ce que la nature peut ajouter à mon trouble.

Le seul fait de me réveiller tous les matins dans mon atelier ensoleillé, entouré du passé et du présent aux murs, me fait oublier l’âge de mes artères, d’autant plus que ma femme se débrouille toujours avec l’arrangement de quelques objets ou de quelques fleurs, pour réveiller mon désir pictural.”     Pierre Marseille
 

Né à Marseille le 1er Juin 1896 dans une famille aisée de commerçants.
Il est né dans une maison qui servit d’atelier à Gustave Ricard, rue de Rome. Et fort heureusement pour lui, Pierre Marseille,
nonobstant pour lui le lieu où il vit le jour, n’a en rien suivi les traces de l’illustre Ricard dont l’art ne peut faire illusion
qu’à des amateurs d’académisme.
Ses parents tiennent une charcuterie rue de Rome à Marseille.
Enfance gâtée avec son frère aîné André qui s‘intéresse plutôt à la littérature et à l‘alpinisme.
Il sera l’un des premiers à franchir le Mont Blanc.
Aiguillé tout jeune vers la peinture par un professeur clairvoyant il vend sa première toile à 14 ans.
Il en retire une certaine fierté parce que payé en Louis d’or.
A l’école, ses devoirs de rédaction seront toujours agrémentés d’un petit dessin.
Il expose sa première toile (la Corniche) en1914 au salon des Artistes de Provence.
Celle-ci fut vendue cent francs, ce qui, à cette époque, pouvait être considéré comme un exploit, mais qui mit fin
aux relations avec son professeur qui, lui, n’avait rien vendu.

Grande Guerre comme artilleur.
Bien que inapte pour l’infanterie il sera recruté dans l’artillerie.
Au front il se prend d’amitié pour deux poilus, l’un nommé Paris l’autre Lion.
Ils deviennent inséparables. Leur adjudant les surnommera le P.L.M
Ils vont s’illustrer et obtenir une décoration.
En juin 1917, ils reçoivent l’ordre de se replier en urgence et de tout abandonner.
Pour ne pas laisser leurs obus aux allemands, ils vont s’en débarrasser en tirant sur l’ennemi.
Pierre Marseille dira:
”On ne pouvait tout de même pas les leurs laisser pour ensuite les recevoir sur la tête.”

T’as pas cent balles ?
Après la guerre il monte à Paris et s’installe à Montparnasse. Sa peinture est jugée un peu trop moderne dans sa ville…
Il est vrai que la province a une approche plus lente de la modernité artistique. Mais enfin !
Il va apprendre son métier de peintre dans le voisinage et l’amitié des plus grands:
Modigliani, Soutine, (que Pascin appelait le marchand de tapis), Kisling, Foujita, Friesz, De Vlaminck, Leprin etc...
puis, plus tard, Jules Pascin.

Il me confia un jour:
 <Je pourrais être à la tête d’une petite fortune.>
Soutine à cette époque vivait dans la misère la plus noire. Il tapait tous les copains. Un jour je le vois arriver avec deux toiles sous le bras.
-Je te les laisse pour cent balles et je les reprendrai quand je viendrai pour te rendre les sous.”
Pierre Marseille donna la somme, comme d’habitude, mais ne prit pas les tableaux.
Bien entendu Soutine ne s’acquitta jamais de sa dette. Marseille n’avait aucun regret en racontant cette anecdote.

Le pardessus de Modigliani.
Pierre Marseille raconte à Michelle Grandjean :
“Modigliani était un drôle de type. Il était très beau, mais très italien comme genre. On dirait volontiers, un peu “métèque”.
Ses succès avec les femmes étaient certains et il n’était jamais en peine pour trouver une chambre.
Zborowski avait des toiles de lui partout et jusque sous son lit d’où il les tirait pour les montrer si, par hasard, on lui en demandait. Mais Modi n’a jamais été “cloche”. Au contraire, il était souvent fort bien habillé, soigné et bien tenu. Sa fierté, sa prétention étaient redoutables. Il ne voulait absolument pas qu’on le croit fauché. Un jour d’hiver froid et brumeux il rencontre sur les boulevards, où il aimait tant traîner, un ami un peu moins fauché que lui :
- Dis donc Modi que tu es élégant... tu as un pardessus magnifique !
- Penses-tu, mon tailleur me l’a raté. Tiens essaye-le il t’ira beaucoup mieux qu’à moi...
L’ami essaye le pardessus qui effectivement ne lui va pas mal. Mais il va aussi fort bien au pauvre Amadéo.
Cependant ce dernier insiste :
-Je ne peux vraiment pas porter un pardessus qui me va si mal. Pour toi il sera parfait. Parce que tu es un ami.
Je te le laisse pour cent sous...
L’ami comprit. Il donna les cent sous à Modi et lui laissa son pardessus qui valait dix fois plus. Mais le peintre se serait cru déshonoré d’être obligé d’emprunter de l’argent.”

Chaïm Soutine à cette époque-là était toujours vêtu , quelle que fût la saison, d’un vaste manteau noir qui lui descendait
jusqu’au-dessous des chevilles.
Certains racontent que c’était parce qu’il n’avait pas les moyens de se payer une liquette.
Pierre Marseille quand il connut Pascin revêtait, quant à lui lorsqu’il peignait, une grande et longue blouse grise.
Pascin se plaisait à dire que c’était pour cacher quelque chose de bien naturel surtout lorsque l’on exécute des nus.
Son surnom de Divan le terrible vient peut-être de ce type de réflexions.

Jean Tourette (Horizons) raconte que Pierre Marseille tout jeune se destinait à la tauromachie
“ Il n’était question à la maison que de taureaux. Fervent aficionado mon père était un razeteur émérite.
Les vieux de Nîmes ou de Beaucaire n’ont certainement pas oublié ses exploits. Alors il y eut en moi un désir impérieux d’imiter
les grands matadors de cartel. J’ai suivi passivement les plus belles corridas, ce déploiement de couleurs et cette atmosphère d’enthousiasme fébrile qu’elles provoquent pour le plaisir des yeux et des sens. Ensuite j’ai fait du razet et j’ai appris avec quelques jeunes camarades, à manier la cape avec l’élégance esthétique des toréros.
Leprin, que j’ai connu plus tard, était aussi emballé que moi.”

A partir de 1922, il figure au Salon des Indépendants.

Ripolin dans sa rubrique “Prenez garde à la peinture”:
“ Son exposition ne fait que confirmer l’excellente opinion que nous avions de lui. A la sagesse classique, Pierre Marseille
allie je ne sais quel juvénile brio, quelle conception moderne des valeurs et des tons. Particulièrement, son Coin de route et
le Village, accusent l’artiste de classe aussi éloigné du poncif que des outrances. Paris l’a d’ailleurs fort bien accueilli aux Indépendants où son envoi fut très remarqué. Il sert bien la ville dont il porte le nom..”

En mars 1925, Jean d’Uhalde (la revue (Taches d’Encre): le signale à la maison des Arts à Marseille, avec un très long article :
« …Vous direz ce que vous voudrez, vous vous étonnerez, vous crierez au scandale, vous ameuterez les foules au besoin, mais rien ne m’empêchera de dire et d’affirmer que Pierre Marseille quoique peintre est modeste! C‘est inimaginable, c‘est révoltant, c‘est une injure à l‘ordre établi des choses, mais c‘est ainsi. Il suffit de le voir un seul instant de l’entendre parler de sa voix étouffée, de le regarder marcher à petits pas jamais pressés pour se dire: « C’est pas un homme, c’est une violette. » Une violette, vous dis-je!
Avec cela (je vous assure que c’est vrai) toujours tiré à quatre épingles, plus que correct, coquet, préoccupé de ses atours, d’ailleurs sans affectation aucune et pourtant, ô miracle! Ornant une cravate toujours impeccable un fort joli diamant que, re-miracle! Je lui connais depuis pas mal de temps!
Cette modestie, cette conscience qui apparaissent dès qu’on le voit, Pierre Marseille n’a pas pu faire autrement que de les transporter sur sa palette et sur ses toiles. On peut affirmer que la peinture c’est l’homme.
Sa palette est d ‘une richesse solide qui n’a pas à se préoccuper de procédés ni d’aucune manière pour avoir une valeur indéniable et sympathique. Peinture franche, telle que sortie de l’artiste, peinture saine et sans chiqué, faite sans souci de plaire aux snobs ou aux bourgeois, telle est la peinture de Pierre Marseille. On sent que l’artiste peint de toute son âme, pour sa joie, pour satisfaire ce qu’il sent sourdre en lui. Et cette franchise qui éclate dans ses toiles, il l’exprime en phrases simples comme lui, dans les rares moments où il veut bien condescendre à s’occuper de lui-même: « On doit peindre ce que l’on sent. Mais il ne suffit pas de sentir pour être un peintre… Pour un artiste, la réalisation en général, est inférieure à la pensée. Ce n’est guère que plus tard qu’il voit s’il a mis quelque chose et qu’il la juge… »

Toutes les joies que nous donne la nature, nous les devons à notre façon personnelle de voir. Il faut savoir la cueillir au bon moment, comme il faut savoir savourer la beauté d’une jolie femme à son heure. Cette nature (qui n’est pas pour rien au féminin) Pierre Marseille a su la voir et la goûter. Ses paysages possèdent le charme de l’heure bien choisie. Une lumière admirablement sentie et rendue chatoie dans toutes ses toiles jusque dans ses portraits et ses natures mortes.... A l’heure actuelle, où la peinture est surtout question de mode, il faut savoir gré à Pierre Marseille de ne pas se soucier d’être original et dernier cri. L’extravagance est aussi éloignée de lui que le pompier...

Il peut avoir aimé les impressionnistes tels que Monet, Pissarro, Sisley, comme il aime les Matisse ou les Marquet, mais il demeure avec la seule préoccupation d’être lui-même. L’embêtant lorsqu’on peint est de ressembler toujours à quelqu’un. Il faut avoir ce rien qui fait la personnalité. Ce rien ne doit pas être forcé, mais acquis par le jeu naturel du labeur incessant qui développe les qualités innées.
Ces qualités, heureusement et harmonieusement développées, Pierre Marseille les possède et ce serait une erreur que de le cataloguer dans un genre, ou de l’embrigader dans une école.
Contentons-nous de le suivre, de l’encourager, de le goûter et enfin de l’aimer.
Et remercions-le d’avoir su retenir notre attention en nous faisant partager ses joies et ses émotions d’artiste consciencieux et sincère, par son exposition ou est exclu le maquillage et le fard si cher à tant d’autres. »

 

C’est durant cette époque que Marseille rencontre et se lie d’amitié avec Auguste Chabaud.
Gérard Blin en raconte l’anecdote dans “La bohème à Marseille” en 1945.

Mais laissons Pierre Marseille nous raconter: 
« Avant de connaître l’homme j’ai connu, tout jeune sa peinture, alors que ma carrière de peintre se dessinait à Paris. Le regretté Louis Blin a signalé le fait dans son livre “ La Bohème à
Marseille” en 1945 et dernièrement Robert Gourru dans le Dauphiné Libéré.
Je tiens à revenir sur cet épisode, les littérateurs l’ayant quelque peu transformé.
A l’occasion de son jubilé, le Salon d’Automne offrait alors à ses visiteurs un véritable panorama de l’Art Vivant. Depuis Manet, Cézanne, tous les maîtres contemporains étaient réunis dans une même salle. De quoi rester rêveur pour un jeune peintre. J’en étais à ce stade de la contemplation quand se produisit le choc. Deux toiles de formats réduits, dépouillées jusqu’à l’âme venaient fortement éveiller en moi le cadre, le souvenir d’une région familière: c’était tout le Vaucluse et le Mont Ventoux, indiqués de main de maître. Le catalogue de l’exposition mentionnait “Chabaud Auguste: Montagnette à Graveson.”
Une heure plus tard devant un café crème j’écrivis une lettre empreinte d’un juvénile enthousiasme. Je ne devais jamais l’affranchir, elle séjourna dans mon veston plusieurs mois, quand, par un miraculeux hasard, regagnant le midi, seul dans un wagon de 3ème classe, où l’âcre odeur d’un melon décomposé se dégageant sous les banquettes me fit un instant reculer, la chaleur et mon matériel étaient bien trop lourds pour ne pas me laisser choir dans le compartiment. Aussitôt après, un autre voyageur vint s’asseoir en face de moi. Son rapide coup d’œil à mon matériel de peintre l’avait surpris. D’assez forte carrure, de grands yeux brillants semblaient dominer un visage coloré de franchise, rien dans sa pose, une fois assis ne décelait aucune trace de la moindre fatigue paysanne. Je compris de suite que je n’avais pas affaire à un marchand de melons ou à un commissionnaire en gros du cours Julien. Nous échangeâmes quelques paroles de politesse. Après un nouvel examen de mon matériel, très étonné par mon porte-études, il me demanda l’adresse du fournisseur. Je lui indiquai Paris.
- Vous n’avez pourtant pas l’accent parisien.
- Je suis marseillais.
- Ah Marseille! Quelle ville admirable, son port, ses rues ! etc...
En tant que marseillais je tenais à parler de Paris.
-Qu’est-ce que vous avez vu de beau?
Je lui parlai du Jubilé du Salon d’Automne. Ses yeux brillaient, je devinai l’intérêt qu’il accordait à mon récit et à mes impressions.
S’il lui semblait que j’exagérais la valeur d’un artiste il me le descendait, si j’en descendais un autre il me le montait. Je sentais en lui l’équilibre dans la contradiction. C’est en dernier que je prononçai le nom de Chabaud. Ses yeux brillaient de plus en plus
-Et celui-là comment le jugez-vous ?  s’écria-t-il.
Je ne sais comment à la seconde je me suis souvenu de ma lettre. Je la cherchai un instant et la lui tendis en lui disant:” tenez lisez. “ IL la lut et la relut.
-Permettez-moi de la garder, je suis le peintre Chabaud, croyez que je suis confus de la trop bonne opinion que vous avez de ma peinture. Je vous en remercie, vous venez  de me donner une joie pure d’artiste. De la part d’un jeune peintre, croyez qu’elle a beaucoup de prix.
Après un temps, il la relut une nouvelle fois et ajouta:
-En si peu de mots vous exprimez votre pensée avec une telle certitude que je vais finir par le croire. “

En mars 1926, il expose chez Detaille en compagnie d’Albert Boussion et de  Susanne Sardin.

Gaston Mussay dans (Théatra):
“L’exposition de ce trio sera un véritable évènement artistique. Pierre Marseille est en pleine possession de son talent. Un talent solide aux faces multiples et toujours renouvelées. C’est à cette variété dans la maîtrise que l’on voit la valeur. Et Marseille nous combla. Car on sent dans sa peinture, en même temps que l’épanouissement d’un talent sur, une conscience professionnelle scrupuleuse...”

Léon Cadenel dans la revue (Taches d’encre):
« Trois artistes se sont réunis pour organiser à la Galerie Detaille, une exposition qui sera certainement une des meilleures de la saison. Nos lecteurs les connaissent déjà et nous n’avons nul besoins de les présenter. Entre les expositions qu’ils firent l’an dernier et celle de cette année, il y a de grandes différences. Ce ne sont pas des peintres enfermés dans une formule étroite dont ils épuisent toutes les ressources. Ce ne sont pas des peintres qui recommencent cent fois le même tableau sous le prétexte que le premier s’est bien vendu. Non ils peignent d’abord pour le plaisir de peindre et à chacun de leurs tableaux, ils apportent  l’expérience cumulée qu’ils ont acquise dans leurs précédentes œuvres. Et c’est pour cela que leur talent ne reste pas figé et qu’il continu d’évoluer parce qu’il est vraiment vivant, et que, comme tout ce qui vit, il doit constamment se transformer…
D’autres toiles chantent la Provence sous son soleil ardent. Pierre Marseille aime surtout ces instants- là. Ses tableaux vibrent de lumière. Et il arrive à cela non par des empattements de couleurs criardes, mais par le jeu délicat des valeurs et des complémentarités…
Ces trois artistes se sont réunis, et point comme par hasard. Ils nous procurent le plaisir et la satisfaction artistique d’une exposition homogène quant à la valeur personnelle des exposants.
Et malgré cette homogénéité de degré, ils ont conservé chacun leur facture individuelle. Ils ont su rester eux-mêmes, et l’on n’a pu confondre les  tableaux de Sardin, de Boussion et de Marseille. Chacun a mis dans ses tableaux un je ne sais quoi de particulier, qui ne s’explique pas, et qui fait le charme premier et particulier du peintre.
Mais parce que chacun d’eux était fait avec conscience, avec vérité, ils ont pu s’accoupler sans se nuire, et c’est le plus bel éloge qu’on puisse leur faire. »
 
Et en juillet au Salon de l’Opéra

Puis en 1927, il se lie d’amitié avec Julius Pincas dit ”Pascin”.
Leur rencontre est amusante.
Habitant le même immeuble Pierre Marseille passait ,en montant dans son atelier, devant celui de Pascin. Connaissant sa réputation et la qualité de ses modèles, Marseille s’attardait souvent devant le trou de la serrure espérant se rincer l’œil. Pascin le surpris un jour et lui dit:
”Pour satisfaire au mieux votre curiosité vous n’avez qu’à entrer.”
Pascin viendra souvent à Marseille peindre et partager les modèles (notamment Paquita et Césarine) dans l’atelier de Pierre Marseille. Certaines photos de cette époque figurent dans de nombreuses éditions affiches etc... Il découvrira grâce à son ami le port de pêche de Cassis. Cette période va permettre à Marseille de réaliser quelques magnifiques vues de Cassis. Pascin, lui, peint et dessine surtout la femme. Durant ses séjours Cassidens, certaines de nos grands-mères lui ont peut être servi de modèle et figurent aujourd’hui dans les plus grands musées du monde.

Pierre Marseille :
“C’est dans l’atelier de l’illustre Pascin que j’ai fréquenté le monde des Arts bénis des Dieux. Je partageais ses modèles, ses festins et je crois aussi une bonne part de son amitié. Dans toute la littérature parue depuis sa mort à part le cher poète André Salmon,
le Pascin intime, en pantoufles, reste à écrire.
Pascin à Paris, Chabaud dans le midi, deux grands artistes, deux grandes amitiés, pour enrichir la mémoire d’un peintre.
Pascin me disait souvent, quand je lui parlais de Chabaud :
“Écris-lui de venir nous voir, cela le sortira un peu de sa Montagnette...”
Dans ma pensée Chabaud respirait l’air qui enrichissait ses poumons, il avait plus besoin de Mistral que de l’air du boulevard de Clichy.
Chabaud n’avait-il pas déjà exprimé son Paris avant 1914 ? N’avait-il pas peint aussi puissamment les escaliers de la Vierge de la Garde que les marches du Sacré Cœur de Montmartre ?
Déjà Montmartre sentait l’agonie envahi par les peintres de Martigues. Son maître allait devenir Utrillo. Paris, son air vif et léger avait ses peintres. Pascin avait recueilli des mains de Toulouse Lautrec son parfum frelaté.
-C’est oublier l’histoire de la peinture de croire indispensable l’air de Paris ! disait Chabaud.
Il ajoutait:
-On confond la peinture et la haute couture.”

 

Pinctor :
Au contact de Pascin il acquiert cette technique et cette facture qui lui valurent de beaux articles de André Salmon, ce qui n’est pas une mince référence.

Galerie Carmine :

En juin 1927, la Galerie Carmine l’accueille pour la première fois avec une série d’aquarelles. Il obtient une critique encourageante.

Charensol dans (l’Art vivant):
“Plusieurs expositions présentant un réel intérêt se sont succédées à la Galerie  Carmine... un groupe a réuni dans cette excellente galerie de la rue de Seine quelques très belles toiles et aquarelles récentes de Kisling, Gromaire, Capon, Pascin, Pert Krohg, Soutine, Makovski, Valentine Prax, John Barber etc. ...
Maintenant c’est une suite d’aquarelles pleines d’air et de lumière d’un très jeune artiste, dont se sont les débuts à Paris,  Pierre Marseille, débuts pleins de promesses et qui ne manqueront pas d’attirer l’attention sur un peintre dont on peut beaucoup attendre.”

(Revue Comoedia) :
Exposition d’aquarelles de très jolie qualité. C’est son pays qu’aime peindre ce marseillais, mais sans éclat intempestif, sans surtout ce coté anecdotique qui finit par rendre insupportables les peintures inspirées par les paysages méridionaux. Pierre Marseille se tient dans une gamme plus discrète et d’une richesse plus sourde. Vous voyez quelle délicatesse dans tel rapport de ton, dans telle rencontre heureuse. Il y a dans ces aquarelles la preuve qu’il est un peintre; il nous le montrera bientôt d’une façon plus complète, mais déjà ce qu’il a mis à cette exposition est un gage précieux.

En novembre de la même année 1927, Pierre Marseille accroche une vingtaine de toiles, toujours à la Galerie Carmine.

(Dernières Nouvelles des Arts) :
“Ce jeune méridional que Pascin regarda d’un oeil attendri a une palette sans grandiloquence. Chez lui pas de rouges violents, de bleus sonores. Tout se passe dans des teintes tranquilles et claires toutefois. Le coloris est frais,  mêlé de vert tendre, de gris doux et de rose et de bleu léger. Cela donne une impression de fraîcheur et de tranquillité.”

Charensol dans (l’Art Vivant) du 5 11 1927:
“Pierre Marseille dont nous connaissions déjà les aquarelles, ne nous a point déçus, loin de là, en nous montrant ses peintures. La Provence que nous propose ce jeune marseillais n’est point celle, aride et desséchée que nous connaissons, ce sont les côtés les plus tendres, les plus fluides, les plus doucement lumineux de la terre méridionale que Marseille s’est attaché à nous montrer.
S’il ne fait  point fi de la leçon de Cézanne, ce n’est pas pour en tirer des préceptes constructifs mais seulement pour demander au Maître d’Aix  le secret de ses plus subtiles modulations.
Certes la personnalité de Pierre Marseille est loin encore d’avoir atteint son plein développement, mais je veux voir dans ces oeuvres discrètes les plus belles, les plus sures promesses”.

Jean Martet dans (Homme Libre) :
“Carmine, dont j’aime beaucoup la galerie si vivante et si intelligemment à l’affût de tout ce qui “promet”, nous présente une vingtaine de toiles d’un jeune peintre marseillais, Pierre Marseille. Des paysages: vues du midi et des côtes méditerranéennes, petits ports où dorment des eaux d’un vert vif, routes au sol poudreux, feuillages au vert cendré ou vert bleu, c’est bref la nature où, désormais, qu’il n’y a plus d’été au- dessus du 44° de latitude nord, vont se complaire les peintres. Elle ne manque d’ailleurs pas de subtilité et de finesse et bien quinaud serait l’artiste qui du premier coup de pinceau penserait “attraper” l’azur de ce ciel et la turquoise de cette mer. Nulle part ailleurs peut-être la gamme des verdures n’est aussi riche, nulle-part ailleurs l’atmosphère plus frémissante et plus vibrante, l’ombre plus exquise...
On se rend compte que le talent de  Pierre Marseille est fait de discrétion et de distinction et répugne aux effets faciles. On se rend compte que cette fadeur n’est pas loin d’être une sorte de vigueur pudique et retenue: Pierre Marseille fuit les lumières trop dures et cherche les aspects les plus enveloppés des choses. Mais rien ne flanche dans ses toiles et rien n’est lâché. C’est fait d’un pinceau extrêmement sensible et qui arrive à l’atmosphère et à la profondeur par des moyens rares et précieux.”

Toujours en 1927  1er Salon d’automne :
Il expose pour la première fois au salon d’Automne aux cotés de Bonnard, Brayer, Camoin, Chabaud, Dufy, Le Corbusier, Lhote, Le Doux Picard, Manguin , Pompon, Seyssaud, Verdilhan,  Vlaminck...
De nombreuses revues reproduisent ses toiles:
“Paysage” dans l’Art Vivant.  
“Bord de mer à Cassis” dans Dernières nouvelles des Arts.
“Portrait de Jean d’Uhalde” dans Théatrat.
“Tranquillité” dans Art et Industrie.
Mais aussi dans Hune le Magazine de la mer.

Et au Salon des Artistes de Provence.

(Vie Marseillaise et de Provence ):
“La personnalité de Pierre Marseille s’affirme de jour en jour. Au dernier Salon d’Allauch il nous avait donné une pimpante placette de village, avec un âne arrêté à un portail; voici, en même temps que quelques bonnes aquarelles, l’ heure de l’apéritif un homme aussi devant une table de jardin; sa femme sur un banc, près de lui, et la rustique maison; point de procédé les objets sont directement transcrits : les chaises et le banc naïfs, les taches de soleil aux formes capricieuses, les feuilles heureuses de vivre, les baguettes de jonc qui relient la petite haie; une harmonieuse mise en page; une harmonie pleine de naturel.”

En 1928, Chantre de la Provence

Pierre Marseille est remarqué par le critique d’art André Salmon, lors de son exposition à la Galerie Carmine, qui écrit dans la Revue de France le 1er 12 1928:
“Cher et grand Vlaminck , vous auriez de la sympathie pour ce jeune Pierre Marseille, venu très exactement de Marseille, qui n’a pas fini d’apprendre, c’est à dire, s’il est comme je le pense , tout de bon doué, d’écarter, de refuser, tout en ne dépouillant pas trop le bel animal humain.
La fréquentation de Pascin a débrouillé Marseille en lui livrant une calligraphie qui lui aura été comme un fil d’expérience. Marseille commence d’apparaître à Marseille. C’est ce qu’aura prouvé la très agréable exposition de la Galerie Carmine.”

“Une vue de Cassis” est reproduite dans la Semaine à Paris Charles Fegdat définit ainsi Pierre Marseille :
“... Marseille est un peintre de nuances... il a encore à chercher dans la coordination logique et harmonieuse des parties d’une toile, il y parviendra comme il est parvenu à fixer sa technique.
Il est tout de même un des chantres de la Provence de ce pittoresque village de Cassis, de ce Vaucluse ombragé, de ces ports et de ces calanques où les barques dorment au soleil. Il module ses tons avec une finesse qui s’allie, maintenant, à une fermeté partout épandue. Ses progrès sont indéniables, toujours plus visibles et plus certains.
L’époque des couleurs qui gueulent et des constructions massives de guingois est passée, on se porte, avec plus de goût, vers la nuance. Marseille est un peintre de nuances. S’il a subi l’influence  de son ami Pascin, il a su assimiler et s’affranchir.
Et le voici maintenant lui-même, chantre de la Provence.”

(Dernières Nouvelles des Arts) :
“Il y avait déjà beaucoup de fragilité, de gracilité, de douceur, on pourrait dire de tendresse dans les travaux de Pierre Marseille l’an passé. Peut-être même tout ce vaporeux était-il un peu mièvre, point assez solide. Cette fois-ci, voilà des choses qui ont gardé toute l’ancienne fluidité d’atmosphère, toute la grâce, cette sorte de tendre charme qu’on trouvait jadis dans ses oeuvres, mais en plus et en mieux, il y a une certaine fougue qui est de la solidité. Cet ensemble de paysages, de marines, de compositions, fin de coloris, d’un intérêt vrai, nous prouve un artiste en pleine et heureuse évolution.”

L’État achète l’une de ses toiles exposées au Salon d’Automne.

Pierre Marseille:
“Le Salon d’Automne était devenu le salon des surprises. Dans la foule du vernissage, impossible de dénicher ma toile. L’ami Toé m’accompagnait et Carlo Rim était venu se joindre à nous. Las de rechercher, Carlo Rim nous dit :
- Nous n’allons pas perdre tout notre temps, vous êtes sur le catalogue c’est l’essentiel. Allons prendre un verre et regardons passer les jolies femmes.
Carlo Rim écrivait alors à l’Ère Nouvelle et dirigeait avec Tytaïna la revue Jazz. Je ne sais s’il pensait alors suivre les traces de René Clair, mais il aimait la peinture et se tourna vers Toé.
-Vous qui dessinez bien vous me ferez un profil de Marseille. Il a tout de Max Dearly en plus jeune, je le ferai passer dans mon journal, il complètera le compte rendu que j’ai fait pour son exposition chez Carmine.
Cela se passait en 1928. La toile était si bien placée pour un débutant qu’on n’avait jamais pensé  à la découvrir dans une salle sélectionnée.”

Carlo Rim dans (L’Ère Nouvelle):
Ce peintre s’appelle Marseille; et c’est tout un programme. Je veux dire c’est tout un catalogue plutôt, le catalogue d’une exposition vibrante et gaie comme la lumière méditerranéenne, ce lit féerique où la mer et le ciel, amants éternels, font l’amour dans une étreinte bleue.
J’ai donc connu Marseille en 1922. En ce temps-là, le petit groupe de (Fortunio) une revue charmante qui devait plus tard devenir les (Cahiers du Sud), mêlait au tumulte grouillant du port les accords harmonieux de la lyre. Mais l’on ne réconcilie point Mercure et Apollon dans la ville de Pythéas. Nous comprimes vite que mieux valait partir et laisser se bouder les dieux ennemis.
Ainsi débarquèrent à Paris, par un beau matin de pluie, Marcel Pagnol, qui avait déjà l’intention de succéder à Becque; Pierre Hambourg et ses cargos, d’Aubenède à l’œil pointu, le délicat Bourdet et votre serviteur qui hésitait entre l’art et les lettres, comme l’âne de Buridan (il n’a pas encore fixé son choix).
Marseille resta dans le département des Bouches du Rhône, en compagnie de quelques autres artistes de bonne volonté. Je n’en suis pas encore revenu, lui non plus. Mais tant d’abnégation et de courage méritaient leur récompense.
Tandis que tous, marchands de savon,  de bretelles, d’illusions, d’huile d’olive et de farine comptaient sur leurs doigts, Marseille étudiait le vol des oiseaux, la course nonchalante des nuages et la couleur si particulière, à la fois agressive et douce du ciel provençal.
Ce jeune artiste est sans conteste parmi ceux qui savent peindre le mieux le visage innombrable de ce merveilleux pays où toutes les couleurs se confondent sous le soleil en une harmonie infiniment subtile.
On parlera je sais de quelques influences qu’il a subies. Marseille, cela se voit, aime Pascin, Marquet et Hermine David. Mais il aime bien davantage son pays, dont il a pris le nom et capté la lumière dans les quelques toiles aérées et toutes bruissantes de cigales qui sont actuellement exposées chez Carmine.”

Les mousquetaires au  Musée du Luxembourg  antichambre du Louvre!!! :

En 1929, la toile achetée par l‘État, “Fenêtre sur le port de Cassis” entre au Musée du Luxembourg avec celles de trois autres artistes provençaux: Charles Camoin, Auguste Chabaud, René Seyssaud.

Pierre Marseille:
“ Carmine m’écrivit que la toile achetée par l’État était réservée pour le Musée du Luxembourg. J’ai cru à une blague de sa part. Quand je retournai à Paris la toile était bien placée au Musée. Je m’excusai auprès du conservateur qui s’appelait Masson et qui fut plus que charmant:
-Votre toile m’a plu et c’est tout, vous n’avez pas de remerciement à m’adresser. C’est moi qui vous remercie de ne pas m’avoir dérangé pour y figurer. Jje savais que vous étiez timide, d’ailleurs cette dame qui vous accompagne est venue pour vous donner courage.
Telles furent les paroles du conservateur. La dame était la pauvre Susanne Sardin disparue trop tôt.
Avec beaucoup de retard la presse locale en parla quelque peu. En revanche Chabaud fût le premier à venir me féliciter. Touché par le but de sa visite, je lui tendis le catalogue tout fier d’y figurer à ses côtés en compagnie de Seyssaud et Camoin...”

Henri Héraut :
“Pierre Marseille le jeune et sympathique artiste marseillais, à qui, l’an passé, un des premiers (pour ne pas dire le seul critique d’art parmi la presse Marseillaise) nous consacrions un long article élogieux, vient de dépasser nos espérances les plus optimistes. Nous apprenons que la toile acquise par l’État va entrer officiellement au musée du Luxembourg. Il est seulement regrettable qu’un tel artiste n’ait rencontré jusqu’ici à Marseille, qu’indifférence, raillerie ou incompréhension, alors que les amateurs (?) admirent et achètent n’importe quel barbouillage de nos peintres “pescadous” du dimanche, dont nos galeries sont pleines. En attendant, Pierre Marseille un peu écœuré, (et avec raison) de l’apathie ingrate de ses concitoyens, envoie comme Frégier, ses oeuvres à Paris. Et Paris ne lui ménage pas ses éloges! Les plus éminents critiques de la capitale lui consacrent des articles extrêmement flatteurs...”

Masson conservateur du Musée du Luxembourg :
« A cette époque, en envoyant au Louvre le gros de l’œuvre des impressionnistes et de leurs contemporains, on s’était attaché à garder au Luxembourg un certain nombre de « tableaux témoins ».
C’est la raison pour laquelle furent conservés:
« L’ Angélina » de Manet
« L’Église de Vétheuil » de Monet
« Le portrait de Mme Dubourg » par Fantin-Latour
« Le cheval blanc » de Gauguin
« Le cirque » de Seurat  etc.…
L’émigration en une seule fois, d’une centaine de tableaux, soulevait un problème plus délicat, celui du remplacement. Il ne s’agissait pas, au milieu des multiples tendances , de marquer des préférences pour telle ou telle école, non plus que pour telle ou telle individualité. Il s’agissait, au contraire, de présenter au Luxembourg une sorte de résumé, composé dans l’esprit le plus impartial et le plus objectif, de la peinture française du moment… »

Dans le catalogue 1929 du Luxembourg on retrouve donc également, avec nos quatre mousquetaires, Lombard, Gaboriaud, Gagliardini,Girieud, Ravaisou, autres provençaux, (Leprin, Richebé, Verdilhan les rejoindront plus tard) mais aussi :
Bazille, Bonnard, Braque, Degas, Derain, Dufy, Fantin-Latour, Friesz, Gauguin, Matisse, Laurencin, Manguin, Marquet, Monet, Manet, Pissarro, Renoir, Seurat, Sérusier, Signac, Sisley, Rouault, Toulouse Lautrec, Utrillo, Valadon, Vallotton, Van Dongen, Vlaminck, Vuillard, etc...
La même année 1929, il est présent au Salon de la Mer Galerie Jouvène où figurent également :
Matisse, Olive, Signac, B. Valère, Allègre, Cabasson. etc...

Et au Salon de l’Opéra où deux toiles le représentent.

Sosthène dans (Artistica) :
“Marseille nous montre un paysage sensible et plein de finesse, et une jeune fille énigmatique comme... une jeune fille, d’une savante polychromie. C’est un peintre très intéressant, en pleine évolution, à qui je prédis beaucoup de succès.”

Durant cette année de gloire il va connaître les honneurs de:
La Gazette de Paris, Maximilien Gautier
Courrier Maritima
Semaine de Paris, Y. Mareschal
Chantecler, Fernand Demeure
Jazz, Carlo Rim
Dernières nouvelles des Arts etc...

 Charensol dans (L’Art Vivant):
« A la Galerie Carmine Pierre Marseille ne cesse de progresser, il cultive loin de Paris sa sensibilité: et ce qui pour tout autre serait un dangereux isolement, lui permet de garder intact, loin des influences, sa personnalité. »

Marseille reconnaît enfin son talent

En 1930, il vient exposer à Marseille à la Galerie Le Roy. Sa ville natale reconnaît enfin son talent.
Puis, au salon des Artistes de Provence.

George Chapelle (Vasco) :
“Pierre Marseille ne peut être apprécié, croyons nous, que par l’élite. Son Vieux Port est une très savoureuse chose; les petits personnages qui marchent sur le bord, d’une exactitude scrupuleuse, de plus les tons gris de l’eau, du ciel, sont d’une distinction extrême.”

Sosthène (La revue Artitisca) :
“Pierre Marseille est plus doux. Simple et subtil en même temps, très subtil même: matière et esprit. Fraîcheur première des matins. Son port est un poème. Le soleil dévorant la couleur est très bien rendu dans son village. Pierre Marseille est plus doux; il ne crie pas il parle et il sait ce qu’il dit. C’est pour cela que ses toiles ont tant de charme.”

Exposition du groupe des cinq constitué par l’infatigable Henry Héraut avec Audibert, Chabaud, Frégier et Héraut, à la Galerie Morel à Marseille.

En novembre exposition chez Carmine.

Katia Hirshman lui consacre un article dans la revue Cinégraph, où trois toiles sont reproduites.
“A travers la vitalité débordante de Marseille, à travers sa foire de couleurs, ses cris et son mouvement, le peintre Pierre Marseille a su découvrir un monde délicat et gai, le charme d’une rusticité toute particulière et la beauté paisible d’une vie quotidienne. Cette paix, cette tranquillité, se révèlent dans chacune de ses oeuvres et l’aimable humour qu’il sait mêler à leur mouvement, y apporte une intensité plus directe et encore plus vivante.
On ne peut nier l’influence qu’ont exercé les impressionnistes sur son oeuvre et en particulier celle de Cézanne. Mais l’artiste se pose par mille moyens personnels et cette influence reste plutôt un rapprochement de tempéraments. Une des caractéristiques fondamentales de son oeuvre est la révélation de ses tableaux par certains détails imprévus et souvent amusants qui, par leur vitalité et leur sûreté, éclairent soudain l’ensemble de l’œuvre et font apparaître toute sa solidité et l’envergure de son élan. C’est ainsi que sur un paysage un peu vague, au mouvement large, aux lignes faciles, une action concentrée apporte le contraste d’un horizon indéfini à la stabilité d’une ambiance voulue.
Et plus loin, c’est un bonhomme amusant ou bien une maisonnette curieuse qui révèlent un monde aux coutumes définies, aux habitudes régulières et pourtant accessibles à tous. Ces oeuvres vibrent alors, spirituelles et vraies, charmantes et solides, faciles et subtiles à la fois.
Enfin ses couleurs franches et claires sont un baume de douceur et de paix. Le calme s’y répand et c’est le repos que nous donne quelque chose de solide, quelque chose de réconfortant et purifiant.
Pierre Marseille apporte tout cela, il apporte encore à travers cette ambiance mi-souriante, mi-sérieuse, le désir de poursuivre la recherche et pénétrer une simplicité qui devient une force.”

(La revue Vasco) publie un long et élogieux article dont :
“Pierre Marseille ne se sent bien lui-même que devant un fin paysage de Provence. D’ailleurs, sa manière, qu’on ne s’y trompe pas, se trouve être dans la tradition des grands peintres provençaux de la fin du XIX siècle, les Guigou, Gresy, Aiguier, Engalière..., acuité extrême de l’observation, justesse exquise des moindres détails. Le petit port de Cassis, surtout, semble construit exprès pour lui, là chaque barque parait être taillée avec minutie sur ses propres indications. Toutes les études ou tableaux que Pierre Marseille a remportés de Cassis sont de petits chefs-d’œuvre, chefs- d’œuvre à ce point que le conservateur du musée du Luxembourg n’a pu s’empêcher d’en faire acquérir un et de l’exposer aussitôt dans les salles de son musée à coté des tableaux des plus grands noms de la peinture contemporaine. Pierre Marseille s’est adressé tout naturellement (lui dont l’art était spécialement subtil) au jugement de la capitale. Et il eut cent fois raison. Aussitôt, il a été compris et apprécié là-bas comme il le méritait. Mais laissons s’exprimer, voulez-vous, ces messieurs de la critique d’art parisiens(et pas des moindres) dont les avis ont été publiés lors des diverses expositions que  Pierre Marseille fit à Paris, soit dans les salons officiels soit chez Carmine.”

Pierre Humbour (La patrie) :
“Un jeune peintre sur lequel il faut fonder beaucoup d’espoir, je crois qu’il ne décevra personne. Pierre Marseille nous apporte sa lumière, son talent, et toute la rue de Seine est radieuse du soleil de Marseille (Pierre).”

Gustave Kahn (Le quotidien) :
“Pierre Marseille est un très bon peintre de la Provence. Il cherche des moyens personnels pour traduire les jolies fêtes de la lumière sur l’horizon marin.”

Carlo Rim.(L’ère nouvelle) :
“Une exposition vibrante et gaie comme la lumière méditerranéenne... ce jeune artiste est sans conteste parmi ceux qui savent le mieux peindre les visages innombrables de ce merveilleux pays.”

André Salmon (La revue de France) :
“L’exposition du plus Marseillais des peintres démontrera aux pires incrédules que le midi est moins simple qu’un immuable bloc d’azur, qu’il a ses nuances, ses délicatesses, “ses gris perle” selon Corot et ses transparences que Marseille s’attache à traduire religieusement.”

Fernand Demeure (Chantecler) :
“Pierre Marseille eut un parrain de choix : Pascin qui l’encouragea et applaudit ses travaux de début. Pierre Marseille continu à travailler. Il nous présente un nouvel ensemble d’œuvres qui marquent un pas sur les précédentes. Il usait jusqu’ici d’une couleur légère et des tons souvent uniformes. Il ne cherchait pas à faire chanter sa toile qui gardait des accords sourds, doux; comme apaisés. Aujourd’hui il arbore de plus alacres coloris. Ses oeuvres gardent sans doute un air de douceur et comme d’intimité. Mais cependant elles éclatent davantage. C’est toujours la manière chère à notre auteur, mais sans doute, plus volontaire, moins rêveuse, plus lyrique. “

Charles Fegdal (La Semaine à Paris) :
“Pierre Marseille a des qualités intéressantes de jeunesse. Sa couleur est fraîche et pimpante, son impression directe l’emplit tout entier. Il faut se méfier de la spontanéité qui, parfois, amène tout un cortège de doutes, puis de regrets. Pour spontané qu’il soit, il n’en est pas moins un oeil qui sait regarder, mais, il retient trop l’objet, et il le restitue sans faire suffisamment de place à la pensée. Un tableau qui, chaque jour, lorsqu’on le regarde, s’avère incapable d’ouvrir la fenêtre sur une vue intérieure nouvelle, ou de souffler une remarque inédite sur lui, est un tableau manqué. Il y a dans les paysages méridionaux de Pierre Marseille une sorte de prestesse facile et de vérité analytique, qui me font préférer certaines de ses figures, certaines de ses natures mortes, où la seule volonté du peintre est plus réelle, plus apparente. “

Seul critique marseillais Henri Héraut (la Vie Marseillaise) :
“Établir la forme patiemment sans négliger l’esprit, voilà la chose rare! voilà ce qu’a réalisé Pierre Marseille et voilà pourquoi nous le classons parmi les meilleurs peintres marseillais.
De telles oeuvres ne sont plus des promesses ce sont des réalisations minutieusement conduites pleinement achevées”

Mort de Jules Pascin :
La mort tragique de Jules Pascin survient le 1 ou 2 juin 1930.
Pierre Marseille perd beaucoup plus qu’un ami. Les conceptions de liberté, d’indépendance, propres à un véritable artiste, si chères a son ami, Marseille continuera à les assumer durant sa longue carrière aux dépens d’une plus grande réussite commerciale.
Pascin aimait dire :
” Un homme ne devrait dépasser quarante-cinq ans, à plus forte raison un artiste. On ne fait plus rien à cet age-là si l’on n’a pas donné toute sa mesure”.
Pierre Marseille peignit jusqu’à sa mort avec un égal bonheur. Il s’abstint cependant de faire des nus passé un certain age.
Selon Pascin, qui disait :
”Ne pas faire de la peinture pour les musées, la spontanéité, l’instant, c’est un art en soi. Si je fignole, ça perd son sens. Et puis n’importe qui pourra te dire que même un nu n’est jamais fini. Un nu n’est qu’une allégorie du désir, un état d’âme en quelque sorte, sinon ce n’est qu’une anatomie.”
Pierre Marseille plus simplement dira plus tard, alors qu’entre amis je lui demandai pourquoi il ne faisait plus de nus:
”Sans désir un nu est une oeuvre trop académique et donc sans intérêt. Voilà pourquoi je n’en fais plus.”

Le plus parisien des peintres marseillais est consacré Maître de l’Art Vivant par André Salmon.

En 1932, première invitation au salon des Tuileries :

Exposition à la galerie Charpentier organisée par la revue (Comoédia).
Exposition à la galerie Carmine

Pierre Berthelot (Beaux-Arts) :
Peinture spécifiquement provençale, mais, à cause de cela fort éloignée des truculences faciles... Les diverses vues de la ville de Marseille sont rendues avec une précision délicate de formes et de couleurs”.

 

André Salmon pour sa part ne tarit pas d’éloges dans la préface de l’invitation de la Galerie Carmine :
“La nouvelle exposition parisienne du peintre marseillais Pierre Marseille sera-t-elle pour tant d’amateurs, sincères mais distraits, fervents mais trop sollicités, l’occasion de racheter enfin dix ans de coupable indifférence?
Voudra-t-on qu’on dise que Pierre Marseille est à jamais victime de son goût intelligent de la nuance et de sa délicatesse d’expression quand il n’y a de chance permise qu’aux champions de la sollicitation à coups de poings ?
Par quelle aberration exiger de la truculence de Pierre Marseille, peintre du Vieux Port, de la Joliette, de l’Estaque où fut Camoin, des chemins poudreux d’Aubagne et de la sainte Baume où s’attarda Derain qui, même au temps de la couleur pure traduisit d’exquises vibrations et non pas des coups de soleil administrés comme des coups de sabre! C’est trop se fier au mauvais italianisme de certains qui firent longtemps croire à une Provence aux gammes de violence. C’est trop se fier à cette école qui suivit et dont le naturalisme, le populisme selon l’esthétique de le la place Victor Gélu répandit la notion d’une Provence forte en gueule.
N’avait-on jamais regardé les oliviers de Renoir?
Pierre Marseille est le premier marseillais qui, nourri des principes de l’Art vivant, s’inquiète de fonder avec autorité un art provençal en assurant son modernisme absolu sur ce qui fit la saveur, sur ce qui fit l’originalité des maîtres du dix-huitième, honneur du musée d’Aix en Provence.
Il faut que cette autorité soit enfin reconnue.
Je n’analyserai pas ici, en un si mince espace, l’art de Pierre Marseille qui comporterait de larges développements mais à quoi l’on peut être immédiatement sensible. L’art d’un grand artiste, d’un peintre de haute culture qui est un peintre né et qui a compris les puissances de tendresse d’une province aux horizons dépouillés, aux lignes d’une grâce souveraine en leur simplicité et qu’il faut retrouver dans ce poudroiement lumineux qui a tant abusé les dupes éternelles du trompe l’œil. Pierre Marseille a ramené le poudroiement à la vibration dont il a extrait le rythme.
J’affirme qu’un beau peintre indignement négligé vient, une fois encore, s’offrir à notre jugement. J’espère que son extraordinaire modestie permet tout de même un orgueil de la meilleure sorte.
N’ayons pas à nous accuser demain de l’avoir conduit à l’amertume du renoncement.
La dernière chance? Ce n’est pas pour ce peintre si profondément, si tendrement peintre, le peintre de la Provence rendue à ses vraies couleurs, à ses rythmes authentiques, à ses musiques intérieures. La dernière chance c’est pour nous.
 On ne peut pas croire qu’un tel artiste sera payé d’indifférence.
Ce serait comme un assassinat de la délicatesse.”

En 1933, il expose au salon des Tuileries, avec Belmondo, Chabaud, Cornu, Desnoyer, Friesz, Kisling, Lhote, Sardin Suzanne, Seyssaud, entre autres, puis au salon des Sur indépendants en novembre et au Salon des artistes du travail en décembre.
Il participe également à la sélection des peintres des Provinces Françaises à la Galerie Charpentier.

André Salmon le choisit comme le peintre qu’il présente au Grand Prix de la Peinture Galerie Bernheim.

En 1934, Exposition du Groupe des Cinq avec Pasco, Sardin, Chabaud, Frégier.

H.G.(Marseille Matin) :
“Pierre Marseille est le poète du vert. Cet artiste est très en progrès. Ses paysages sont lumineux, traités  avec une réelle maîtrise. Il occupe à lui tout seul le plus grand panneau dans lequel il y a un peu de tout même des natures mortes...”

(Marseille Libre) :
“Pierre Marseille nous devait une exposition d’ensemble à coté de ses envois aux divers salons. Un
talent reconnu est attaché à son nom. Il travaille avec aisance la peinture et l’aquarelle et traite chaque sujet avec la particularité qui lui convient. Ses fleurs, ses paysages, ses natures mortes sont autant de preuves de son beau tempérament de peintre de sa manière ample et dégagée qui repose sur un métier très sur.”

Louis Blin( Radical du Vaucluse Avignon) :
“Voici tout d’abord Pierre Marseille qui cette fois enfin n’a pas craint d’envoyer plusieurs pièces : car nous attendons depuis fort longtemps une exposition particulière de cet artiste. Deux pièces remarquables paraissent retenir particulièrement l’attention : des fleurs en des vases rustiques. Ce sont deux toiles très réussies dans lesquelles le peintre s’abandonne à la verve sans effort. D’ailleurs toutes ses toiles possèdent un rare raffinement des coloris. Nous notons encore une “route” ainsi qu’un “nu” d’une excellente composition. Il ne nous reste que peu de place pour parler de ses aquarelles qui, à elles seules, mériteraient un long compte rendu : Ce  sont des thèmes simples et émouvants, les merveilleuses images des jours agrestes dont il a su saisir et fixer à jamais la frémissante poésie.”

(Petit Marseillais) :
“Il s’impose de jour en jour comme l’une des vedettes de la génération nouvelle. Il est peintre jusqu’aux bouts des ongles. La lumière, l’atmosphère, le caractère d’un paysage le préoccupent avant tout. On notera dans cette exposition un nouveau pas en avant réalisé par cet artiste sensible, discret, qui ne cherche à exprimer que ce qu’il éprouve et le fait avec une ferveur et une émotion contenues, un contrôle de lui même qui l’honore grandement. Sa manière semble avoir acquis plus de liberté, en même temps que sa technique parait plus serrée...”          
             

Dans le dictionnaire des peintres anglais!!!

En 1935 et 1936, ses toiles sont accrochées au Salon des Indépendants, au Salon des Tuileries, à la Royal Académie de Londres, au British Muséum.
La ville de Marseille acquiert plusieurs oeuvres pour les Musées Longchamp et Cantini, la Préfecture et la Mairie.

C’est durant cette époque qu’il est fait Baronet d’Angleterre!!! 
“Je recevais de temps en temps une invitation à prendre le thé à Londres” racontait-il.
Il figure d’ailleurs dans le catalogue des peintres anglais.”

Il fut sollicité après sa mort pour figurer dans le Who-s WHo.

En 1936 toujours, il participe au Train Exposition des Artistes sous le haut patronage de la Direction Générale des Beaux Arts:
Palais du Louvre, Pavillon Mollien, Cour du Carrousel, avec d’autres artistes parmi lesquels: Aubéry, Audibert, Arnaud, Bonnard, Camoin, Friesz, Guindon, Lebasque, Lhote, Luce,
Marquet, Utrillo, Valadon, Valtat, Vlaminck…
 
En 1937, Il expose à la Galerie Da Silva aux cotés de son ami Louis Audibert.

Jean de Morgiou :
“Deux chercheurs, l’un et l’autre connus et estimés. Il y a donc intérêt à déceler dans leurs nouvelles oeuvres présentées au public , la direction, la qualité et le résultat de l’effort qu’ils poursuivent avec tant de vaillance.
Ce ne sont pas en effet, des peintres qui s’accommodent de succès faciles, ils le pourraient plus que d’autres et leur mérite est grand de s’en détourner en un temps où il n’est pas besoin de dire que l’art pur émigre de plus en plus (et pour cause)) vers l’étoile Sirius. Comme on voudrait marquer d’une admiration très appuyée le respect que commande un tel désintéressement !
Et comme on souhaiterait qu’une telle exploration de l’esthétique picturale, cette ardeur si belle à s’enfoncer en des voies peu frayées trouvât dans la faveur et la ferveur des amis de l’art sa juste récompense.
Pierre Marseille juxtapose des paysages qui risqueraient de se nuire les uns aux autres en raison du vert qui les remplit tous et donnerait une impression de monotonie si l’observateur ne prenait soin de les étudier chacun séparément. Ce goût du vert apparaît alors comme la source d’une singulière richesse. Ce qui semblait uniforme devient au regard attentif étonnamment varié. Chaque vert s’apparente au sujet et lui donne tantôt l’acidité qui lui convient et tantôt un velours de douceur et d’incomparable poésie. Dans cette tonalité dominante les masses s’affirment puissamment, parfois brutalement, mais toujours véridiquement, si j’ose ainsi m’exprimer. J’entends par là qu’elles ont un accent de sincérité où la laideur elle même ne se dissimule pas, mais, par un contraste habile, aide à composer la beauté de l’ensemble. Le tout est brossé sans détails inutiles, et sans extrême concision,  sans mollesse ni raideur, en parfait équilibre. Et cette dernière appréciation vaut pour celles de ses toiles qui ne sont pas des paysages et qu’on aimerait, elles aussi à analyser de moins sommaire façon...”

Fil à Plomb (Le Bavard) :
“De Pierre Marseille : Des paysages où chantent les ineffables subtilités des couleurs passionnément saisies. Exquise interprétation de la verte mélodie des prairies en été. Sobriété non grise. Métier puissant donnant une admirable impression de simplicité.
La force expressive de ce peintre se manifeste clairement dans une nature morte comprenant des fleurs, un paquet de cigarettes, un chapeau etc... Cette énumération banale ne se décompose pas ainsi dans le tableau, on comprend que l’artiste n’a pas voulu peindre spécialement des tulipes, un chapeau ou un paquet de cigarettes, mais seulement l’équilibre, l’ambiance, la vie intime de ces choses inertes.
D’un dessin large, la perspective sur une cour de caserne, où se déroulent quelques scènes typiques est des plus évocatrices. Enfin quelques nus souples empreints de grâce féminine (sinon de graisse) complètent l’envoi de cet intéressant artiste...”

Dans cette même Galerie, dans les années cinquante, l’Union Nationale des Intellectuels présente une exposition nommée PICASSO Pablo et ...
Il est présent aux cotés de F. Desnoyer, P. Ambrogiani, A. Chabaud, F. Diana, A. Ferrari, R. Kundera, M. Papart, A. Serra, L. Toncini etc...

Alain Delcroix (Le Soir) raconte :
Bien que méridional il n’a pas l’exubérance la volubilité des habitants du midi, il n’est pas prolixe. Néanmoins il nous livre quelques anecdotes:
“Toute ma vie j’ai été victime de fatales méprises. A maintes reprises on m’a pris pour un autre. Le plus drôle, c’est que je ressemble beaucoup au grand fantaisiste Max Dearly.
Un soir dans un cabaret avec Pascin on m’a pris pour Jean Balard (Des Cahiers du Sud).A peine installés à une table le patron souriant s’approcha de nous :
-Ah Mr Ballard quelle joie pour moi de vous retrouver. L’autre jour vous sembliez si joyeux... Vous ne dites rien aujourd’hui... Il pouvait être étonné car si je suis du genre discret Balard est lui plutôt volubile.
J’étais entré un jour dans une poste pour acheter des timbres quand le postier me dit :
-Vous savez dimanche vous  m’en avez fait toucher deux. Quelles belles courses. ou allez-vous dimanche?
-Vous savez dimanche je vais à Nîmes assister à une course de taureaux.
-Si j’ai bien saisi votre allusion je dois jouer “Corrida” dans la troisième.
Je ne répondis pas voulant pas ternir la joie de ce brave homme...
J’avais profité lors de l’un des mes séjours parisiens pour me rendre au théâtre des Variétés entendre Raimu et P. Fresnay dans “Marius”. La pièce terminée j’entrai dans un bar voisin avec un ami .De son comptoir le patron m’observait d’un oeil sévère :
-Dites Mr Fresnay, la pièce est terminée vous n’avez plus besoin de garder votre faux accent.
J’avalai le fond de mon verre et comme je sortais quelques pièces pour payer les consommations il ajouta:
-Laissez cela Mr Fresnay c’est trop d’honneur pour moi. Je comprend pourquoi vous persistiez à vouloir continuer à parler avec l’accent du Midi, après les représentations vous vous entraînez !!!
J’adore l’Espagne en tant qu’artiste et en tant qu’aficionado. Quelques années avant la guerre je me promenait dans les rues grouillantes et colorées dans une ville espagnole lorsque j’entendis une voix inconnue m’interpeller : “Morénito”.  ce terme signifiant petit brun  pouvait s’appliquer à moi. Je me retournai et me trouvai face à jeune femme fort en colère qui multiplia les injures à mon adresse en les ponctuant d’une retentissante paire de gifles. La señorita se confondit aussitôt en excuses !
Pardonnez-moi senior je vous avais pris pour mon fiancé qui vient de me quitter et de dos votre silhouette était parfaitement semblable à la sienne...
Nous sommes devenus les meilleurs amis et même plus. Quelques jours plus tard un plaisantin dit à la belle : - Si celui-ci te trompe, tu n’auras pas à le gifler, puisque c’est déjà fait.
-Si lui il me trompe il aura droit à deux paires de gifles !”
 

En 1942, Avec le Groupe des cinq il expose à la Galerie Jouvène à Marseille en compagnie de Chabaud, Seyssaud, Cornu et du sculpteur Wacquiez

Une aquarelle criblée de balles.
Après la guerre en 1945, on retrouve Pierre Marseille en mai à la Galerie Sébire.

Jean Bazal dans la revue ( V ) :
“Durant la guerre il s’installe à Bedoin ,au pied du Mont Ventoux, et travaille ferme. C’est un timide, un modeste qui se plait à la campagne dont il peint les métamorphoses à chaque changement de décor saisonnier. Une fois tandis qu’il peignait, deux maquisards sautent d’une voiture:
-Que fais-tu là ,
-Vous voyez je peins...
-Mais tu ne sais pas que les allemands battent le pays et qu’ils pourraient te descendre en te prenant pour un guetteur de “terroriste”...
Et, tranquillement, Marseille re remit à travailler. C’est qu’il l’aime sa peinture et qu’il se moque du reste.
-Moi, déclare-t-il volontiers, je peins comme je respire, sans chiqué, sans littérature, sans système...
L’originalité que je puis avoir, je l’obtiens en suivant tout bonnement mon instinct. Mon émotion picturale ne dure même pas ce que durent les roses. Dès que le sujet disparaît de ma vue, elle cesse. Aussi dois-je peindre d’après nature.
-C’est la raison pour laquelle vous avez quitté Paris ?
-Oui, en grande partie. Pourtant j’aime Paris, sa douce lumière de printemps, ses banlieues qui sentent le muguet et le lilas. Je ne retournerai à Montparnasse que lorsque les cafés crèmes et les croissants refleuriront sur les zincs du Dôme et de la Rotonde... En attendant, je cours accrocher mes toiles à la Galerie Sébire où je vais exposer.
Et, dans cette ambiance paisible d’atelier, s’installe l’évocation des souvenirs d’une grande époque de la peinture.
-Et oui, poursuit Pierre Marseille, cet atelier est historique à plus d’un titre. Au cours des journées de la Libération, il a été quelque peu égratigné... Tenez voyez cette aquarelle criblée de balles. Le verre qui recouvre l’œuvre est étoilé en plusieurs endroits de balles reçues de plein fouet.
-Encore un souvenir conclut l’artiste en souriant.”

Camille Rouvier (Le Provençal) :
Cette vie heureuse, cette atmosphère de paix, Marseille a su la recréer avec un métier assuré et une
grande sensibilité, d’où est absente toute mièvrerie. Cet artiste, l’un des meilleurs peintres provençaux actuels, a tenu les promesses que son ami Pascin, il y a vingt ans environ, mettait en lui.

Pierre Mary :
“Voici Pierre Marseille installé dans la Galerie Sébire où sa Provence lumineuse jette un décor réaliste, mais distingué. Sans artifice ni effet conventionnel, il s’attaque à la nature comme un chirurgien qui connaît parfaitement la structure de son sujet. Il a su si bien étudier l’âme et l’intérieur de ce pays, aux mille aspects changeants, que son oeuvre est plus profonde, plus étoffée qu’une image d’art. Elle porte en elle le rythme noble, l’harmonie puissante, l’équilibre reposant d’un style de grande classe auquel Pierre Marseille reste toujours attaché...”

En Mars 1946, il est présent à Lyon Galerie Folklore, aux côtés d’autres peintres marseillais et provençaux parmi lesquels Seyssaud, Chabaud, Audibert, P Ambrogiani, Toncini, Max Papart.

Exposition au Hall de l’Antenne

Louis Blin, dans son livre “La bohème à Marseille “, lui consacre un chapitre et reproduit un de ses dessins. Dans “Marseille inconnue “il évoque largement Pierre Marseille.
Durant cette période il devient correcteur à l’école des Beaux-Arts dont le directeur est Henry Brémond. Il fera la connaissance de “Mia” qui deviendra son épouse, quelques années plus tard.
Mia, d’origine, belge a eu une traversée de guerre très difficile. Elle sert de modèle aux étudiants.

Années 50 parisiennes

1950, Salon de l’Union des artistes de Provence.

Fernand Guy :
“Pierre Marseille avec son “Jardin fleuri” est l’artiste ému et sincère, qui comprend et exprime, avec quel talent, la douceur et le charme de la Provence. Acuité visuelle mise au service d’une âme d’artiste, palette riche, dessin sobre et puissant à la fois, sans outrance, sens de la lumière, tels sont les dons que Marseille exploite trop modestement.”

Jean Tourette (La Marseillaise) :
“Dans sa Banlieue enfumée de Paris, il nous apprend la sagesse des retenues. N’est-ce pas souvent par la discrétion qu’on obtint le plus de qualité et non par la brutalité ?”

Le Soir :
Pierre Marseille avec sa “Banlieue de Paris” n’a pas cherché à nous conter des anecdotes sur la capitale. Simplement en contemplant ce petit tableau, on respire soudain l’air de Paris. On se sent transporté  sous ce ciel à nul autre pareil. Cela tient du miracle. C’est cela l’art.

En 1951, Pierre Marseille est présent à la Biennale de Menton
Exposition de groupe Galerie Maurice à Paris , Une toile est acquise par la ville de Paris.

En 1952, il expose à la Galerie Pascaud à Paris puis à la Galerie Jouvène à Marseille .

Jean De Morgiou :
“Cette présentation est un émerveillement. Nul mieux que lui ne sait apaiser les vibrations lumineuses les plus diverses et en dégager un rythme plus harmonieusement musical. Pierre Marseille dans ses peintures, ignore les à-coups faciles qui confondent truculence et riche chromatisme, son goût sûr transforme la crudité des tubes en élégante couleur.”

Fernand Guy :
“ ...Il est demeuré lui-même, amoureux de la nature, indifférent à la mode changeante des écoles et des chapelles. Mais on peut dire qu’il a étendu son champ d’observation, de même qu’il s’est surpassé dans le maniement des valeurs. Ses paysages sont l’expression de sa grande sensibilité, il y note toutes les nuances de la nature, comme dans ses paysages de Bedoin, avec leur ciel lumineux et l’alternance, difficile à rendre, de ces verts de la campagne vauclusienne.
Rien d’étonnant, donc, au franc succès que rencontre Pierre Marseille qui se classe parmi les meilleurs artistes de chez nous, par la profondeur, la variété de son talent, si sensible et si humain.”

Jean Tourette (La Marseillaise) :
“...Les années ont passé mais les toiles de Pierre Marseille sont demeurées aussi saines, aussi fraîches, sinon vibrantes d’atmosphère comme l’azur, l’eau, les arbres, la prairie... Peintre de la vie et de la nature l’artiste n’a jamais dévié de sa route, rejetant le pathos pour s’enivrer seulement d’air pur et de soleil. Ses paysages nous invitent au repos après un dur labeur. Ses natures mortes traitées en valeur, ont une truculence voilée, ses fleurs ne sont pas en porcelaine. S’il peint Paris, l’artiste s’oriente volontiers vers sa banlieue où un décor d’usines et de travailleurs l’attire. Tout est en place   un arrière plan enfumé, des maisons, des arbres et le ciel. Au premier plan des hommes, des ouvriers... en route vers Saint Mandé. La vie jaillit là, comme ailleurs. C’est de la peinture, peut-être sans l’éclat des fanfares, mais qui s’insinue, mais qui est vraie parce qu’elle ne s’écarte pas de la vision normale des autres hommes.
Cette exposition chez Jouvène doit être placée sous le triple signe de la modestie, de la vérité, et de la clarté. J’ajouterai de l’humain.”

Camille Rouvier : Le moins marseillais des peintres de chez nous :
“Ce titre se rapporte uniquement au peintre. L’homme est cent pour cent marseillais. Il est né dans une maison qui servit d’atelier à Gustave Ricard, rue de Rome. Et fort heureusement  pour lui, Pierre Marseille nonobstant pour lui le lieu où il vit le jour, n’a en rien suivi les traces de l’illustre Ricard dont l’art ne peut faire illusion qu’à des amateurs d’académisme. Marseille ne prétend pas renier ses origines. Il a conservé le plus pur accent marseillais. Oui le plus pur.. Car, comme l’écrivait dernièrement André Roussin dans un hebdomadaire, il existe plusieurs accents à Marseille. Contrairement à ce que qu’on peut penser, le véritable accent de notre ville n’est pas celui de Saint Jean, où on retrouve un mélange de patois génois et napolitain, mais bien précisément celui de Pierre Marseille, dans lequel communient l’argot urbain et le parler des paysans de Provence. Bref le langage des santons.
Cependant il est incontestable et c’est vrai de plus en plus à quelques exceptions près, que les toiles de ce peintre inspirées par Paris, sont supérieures à celles qu’il peint dans sa ville natale. C’est sans doute parce que la lumière parisienne si douce convient mieux à son tempérament, que la méditerranéenne, faite de contrastes sonores.
Pierre Marseille n’aime certainement pas le bruit. Il a besoin de calme pour s’épanouir. Le merveilleux dans la carrière déjà longue de cet artiste, c’est qu’elle s’écoule solitaire, calmement, ignorant les courants outranciers (qui ne conduisent jamais à rien de bon), tout comme la Seine.
Je pense aussi que consciemment ou non, il a du trouver que son nom resplendissant était bien lourd à porter. Aussi, pour qu’à son propos on ne tombe pas dans l’exécrable “esprit de Marius”, a-t-il jugé bon de s’éloigner peu à peu de nos rives.
En annonçant le vernissage de l’actuelle exposition chez Jouvène, j’écrivis ces derniers jours :” Avec Marseille pas de surprise à attendre. On sait qu’on va avoir du Marseille”. J’étais trop catégorique. Bien sur on le retrouve classique : Témoins ce “Petit chemin” ou cette “Allée”. Mais certaines des toiles et aquarelles exposées marquent un tel chemin parcouru depuis deux ans  vers le beau, en art le superlatif de beau étant tout simplement “Le Beau”, qu’elles engendrent presque une surprise agréable.
Au risque de paraître me contredire, je n’hésite pas à citer parmi les mieux venues des peintures qu’on peut voir chez Jouvène, avec ses admirables “Roulottes” et cette “ Banlieue de Paris”, grand format aussi solide que poétique, ce “Coin du Vieux Port”, qui est la toile la plus surprenante de toutes. Elle est l’exception qui confirme la théorie que Marseille est le moins marseillais de nos peintres les meilleurs.”

Expositions de groupe Galerie Worms, Galerie Bernheim à Paris

De1952 à 1954, il expose Galerie Lucy Krogh à Paris:

Max Tamisa (Revue Parlementaire) :
“Pierre Marseille, peint avec sobriété et de délicieuses harmonies de couleurs des paysages du Nord car là, il trouve vraiment la couleur. Dans son midi natal, Marseille précisément, il n’y a que le soleil qui absorbe tout, il rend parfaitement la couleur assourdie de la campagne méridionale. Ses toiles bien équilibrées, solides, sont des plus agréables. Mais ce marseillais interprète aussi Paris d’une façon délicieuse.“

Maximilien Gautier :
“ Peintre de grand métier,  Pierre Marseille qui fut l’un des meilleurs éléments ,entre les deux guerres mondiales, de l’équipe Carmine, s’était depuis quelques années abstenu de se manifester à Paris où sa rentrée lui vaut un succès mérité. Il s’est installé du côté de la porte de Montreuil. Résultat: des paysages pathétiques, solidement brossés en pleine et savoureuse pâte.”

Alphonse de Falgairolle :
“Un marseillais se renouvelle. Les sorties de Paris, demi faubourg, demi ville, s’irisent et nous éjectent par leurs mauves douloureux, mais dont nous libèrent des bleus conscients. Quant aux paysages Marseille les traite si franchement, si clairement, que nous y sommes déjà familiers, mêlés à leur lumière, et nous trouvons construits dans leur propre chair”.

Une de ses oeuvres est accrochée au Musée de Copenhague.
Chaque année à Paris au Salon des Tuileries, un riche collectionneur danois venait avec la louable intention de lancer de jeunes peintres. C’était un amateur très connu chez lui et de tout le pays on venait bien souvent admirer sa riche collection. Il trouva la peinture de Pierre Marseille à son goût et acheta la toile exposée en promettant à l’artiste d’en acquérir de nouvelles l’année suivante. Mais hélas il ne revint pas, entre temps il était mort subitement. Dans son testament le Danois énumérait les pièces qu’il réservait à ses héritiers et celles qu’il destinait au musée de Copenhague. L’œuvre de Pierre Marseille figurait parmi les pièces du musée ainsi que celles de grands artistes.

En 1953, exposition à l’Union des Artistes de Provence

En 1954, il est sélectionné pour l’exposition des Maîtres de la peinture Contemporaine à Paris.
Il y retrouve entre autres: Vlaminck, Friesz, Pascin, Ferrari, Renoir, Marquet, Luce, Chagall, Vallotton, Dufy, Utrillo, Derain.

 

En 1955, Il est représenté à la biennale de Milan par une grande vue de la porte de Montreuil.

Exposition à la Galerie Puget à Marseille.

Michelle Grandjean (Le Soir) :
Malgré son nom ,il est un peintre parisien. Rien ne correspond mieux à sa tendresse que la douceur des ciels de Paris.
-Je cherche nous dit-il l’atmosphère avant le sujet. Je suis attiré par le coté intime des choses et leur âme.
Cette atmosphère il la traduit à merveille par la délicatesse des ombres, la douceur d’un reflet, la tendresse d’un mauve.”

Jean De Morgiou :
“La douceur, une douceur envahissante caractérise l’art de cet artiste qui, n’ayant jamais cédé aux sollicitations de la mode du jour, a pour désir le plus secret celui de conserver à ses pinceaux le charme de sa plus intime jeunesse.”

P Ovril auteur compositeur membre des sociétés dramatique et lyrique expert critique d’art :
“Vous êtes un étudiant de la lumière alliant le naturel aux véritables forces intérieures de votre être. Chez vous, pas de formules commodes soumises à des nécessités commerciales, mais les qualités d’une âme tournée avec amour, vers ce que la nature offre de plus vrai et de plus apte à susciter l’enchantement.”

.En 1956, il participe au Salon d’Automne, expose à la Galerie Lesperut à Marseille et ce, jusqu’à 1958.

Jean Tourette(La Marseillaise) :
“La palette de Pierre Marseille s’échauffe au contact du Midi,  sans recours à des audaces faciles visant à l’effet. La dominante est sobre. Il choisit quelques nuances et s’y tient strictement, recherchant toujours l’enveloppe qui rend sa peinture si attachante et si humaine...”.

Michèle Grandjean (Le Soir) :
“...Toujours dominée par le soucis de la chose bien peinte, la manière de Pierre Marseille semble s’être considérablement élargie. Plus directe, plus spontanée, elle s’apparente à une vision plus vivante, un regain d’enthousiasme tout à fait notable. Je voudrais signaler autre chose encore, ce peintre choisit comme par miracle, des sujets parmi les plus difficiles. Il va s’amuser à traiter les arbres en pleine verdure, sur un fond de prairie non moins vert, le tout, à peine allégé par un ciel intense. Au point de vue technique, c’est vouloir vraiment jongler avec la difficulté. Rien n’est plus ingrat et plus difficile à traiter que le vert. Or, Marseille s’en sort toujours à son honneur. Et avec modestie. On ne peut imaginer une peinture plus honnête, plus sincère, éloignant d’instinct tout effet pictural, pittoresque, ou anecdotique.”

Un de ses amis de Dunkerque lui écrit à l’occasion d’une exposition:
“Mon cher Marseille votre travail est très très bon. J’ai toujours aimé votre peinture à cause de sa sincérité et de sa poésie, mais ce que vous faites en ce moment domine dans beaucoup de cas ce que vous faisiez avant la guerre. Pourquoi? C’est assez difficile à exprimer, on ne peut mettre la peinture en équation. Je crois toutefois que la caractéristique de votre manière actuelle, est l’abondance d’air frais circulant librement autour d’éléments plastiques. Sans lourdeur excessive on sent que vous traduisez à l’aise ce que vous ressentez en face de la nature. La couleur est souple et agréable et le dessin solide. Vous faites de la peinture aérée, à la fois réconfortante par sa santé et consolante par sa finesse intelligente...
Travaillez mon vieux. Travaillez sans relâche. Si vous voulez savoir où vous en êtes, regardez bien “la route de Bordeaux”, elle contient tout ce que je viens de vous dire: L’air la santé et réconfort d’une pensée fraîche et d’un goût solide...”

En 1962, Robert Rey de l’Institut, ancien conservateur du Musée du Luxembourg, appuyé par André Salmon, le propose comme Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.
Sa candidature ne sera pas retenue pour dossier incomplet et remise à l’année suivante.
 Marseille refusera de perdre son temps à reconstituer un nouveau dossier avec toutes les sollicitations que cette démarche comportait.

Exposition à l’Antenne rue Venture à Marseille

Jean Tourette (La Marseillaise) :
Pierre Marseille est le peintre des subtiles harmonies. Il emploie de préférence des couleurs claires qui donnent une grande fraîcheur à ses tableaux, plus accordés que contrastés. Aux touches larges de ces dernières années, l’artiste en vient à une matière plus étudiée, plus soutenue, en exprimant avec plus de discrétion le frémissement de l’air et des atmosphères limpides. Le “jardin” se veut pourtant dans la couleur. Les verts, les rouges et les gris alternent dans une gamme printanière. “Les tournesols” semblent avoir été surpris dans le vent. Ils sont peints dans la fougue avec des jaunes d’or de qualité. Il rompt parfois avec sa conception compréhensible pour devenir provocant. C’est assez rare chez lui pour ne point le souligner. Si ses gris captés dans la lumière dominent toujours, il s’en évade parfois pour donner par exemple, à un bouquet d’œillets une somptuosité dans des tons radieux. Il faut s’en féliciter. Les natures mortes sont excellentes. Il faut encore noter surtout une toile de petit format, “Intimité” qui est du meilleurs Marseille avec les résonances lointaines qu’on y trouve de son ami Pascin. Je voudrais encore citer un Vieux Port inattendu, sans ciel, où tout se résume à l’étude d’un plan d’eau et sa réverbération lumineuse.
Cette exposition montre l’élaboration sérieuse du travail de l’artiste, au demeurant discret, peintre des atmosphères printanières, sensible, sans aller jamais à aucune des conséquences extrêmes, au péril qui a souvent perdu les tenants de l’originalité à tout prix.”

Robert Gourru (Le Dauphiné Libéré) :
“L’art de Pierre Marseille est celui d’un peintre dont la voie est affirmée pour avoir, pendant les dures années d’une carrière exaltante (il a connu Kisling, Pascin, Chabaud), triomphé en s’écartant des systèmes et de la sclérose. Il a le privilège et le grand mérite d’avoir su rester jeune d’esprit, comme jeune et frais dans ses oeuvres. Se référant à la nature qui reste son principal sujet, celle ci lui apparaît riche de toute sa sève et c’est par des moyens parfois austères, toujours discrets et dépourvus d’artifice, qu’il atteint à cet amalgame de grandeur et de douceur qui est (et qui fait) sa vraie force.”

Michèle Grandjean(Le Soir) :
“... Parmi cet ensemble intéressant, plus jeune, plus gai, plus haut en couleur que la précédente exposition, il est une petite toile pour laquelle j’éprouve une attirance particulière. Elle s’appelle “Intimité” Et je suis sure que Marseille l’aime autant que moi. Une femme en peignoir, un peu dégrafé, les bas noirs accrochés au dessus du genou, boit une tasse de café. Cette toile, c’est tout le Pierre Marseille parisien, l ’ami de Pascin celui qui traînait à Montparnasse l’existence des grands de l’époque, dans une grande liberté d’esprit, avec l’esprit d’observation toujours à l’affût, le sens de l’humour toujours en alerte, et la sensibilité à fleur de peau... Je ne puis m’empêcher de penser avec un certain regret, que si Pierre Marseille avait voulu, il aurait pu suivre le grand mouvement de ses amis montparnos et être aujourd’hui une de ces têtes d’affiche que Paris montre avec fierté. Une petite toile comme “intimité” démontre en tout cas, qu’il avait assez de talent et de métier pour la grande aventure.”

Camille Rouvier (Le Provençal) :
Louis Audibert au “Péano”, Pierre Marseille à “l’Antenne”, loin de se rendre la vieille garde attaque, et avec quel éclat lucide ! Parmi les toiles que nous présente Pierre Marseille, on chercherait vainement une seule peinture faible.
Une petite toile témoin, à propos de laquelle Jean Tourette a fort pertinemment noté une certaine résonance du grand Pascin qui fut l’ami intime et le maître à “sentir” de Marseille. Elle appartient à la période parisienne du marseillais, période que nous tenions jusqu’ici comme la meilleure. Hors dans l’exposition actuelle, figurent au moins douze autres oeuvres d’une qualité égale ou supérieure à celle-ci :
“Vieux Port” par temps gris où la transparence des gris rodés, des bleus et des verts de l’eau orchestrés par le brun des voilures et des mats se mire dans le premier plan du quai; “Coin de ferry boat” où Marseille libère la plénitude de sa joie dans une fête de dégradés lumineux mauves, bleus, et verts, cette peinture conduit tout droit vers une autre marine “Le Havre” dans l’esprit de Corot, conjuguant la poésie et l’observation exacte. Ici avec les “Marguerites” c’est irrésistiblement à Manet qu’on songe sans pour autant noter la moindre influence, et puisque nous en sommes à l’impressionnisme, signalons la robuste beauté de ses “Mufliers”...
Pierre Marseille fait preuve que lorsqu’il le désire, il sait se montrer d’une rigueur extrême, autant dans la composition que dans la précision du dessin, la netteté de la touche et l’ordonnance des couleurs.

Il décore le 13 de la rue Bachaumont dans le 2ème à Paris.

Un peu déçu de son séjours parisien il écrit à Robert Gourru du (Dauphiné Libéré):
“J’ai du concéder, dans les quatre saisons, de faire la Bonne Mère, le port les bateaux de pêche, après le Ventoux l’hiver , à l’automne, quelques nus pour agrémenter et réjouir la jeunesse dans mes panneaux d’été et printemps. Pour ces quatre saisons je ne sais si c’est de la véritable décoration, mais je fais un effort avec le seul soucis d’être peintre et d’être moi-même. Pas de pirouette, la chair des brunes n’est pas celle de blondes et le Mont Ventoux même vaporeux reste imposant.
C’est bien beau Paris mais je ne fréquente plus la place Pigalle. Où sont pour moi les Pascin, Soutine, Salmon, Friesz etc... tous ceux qui m’enrichissaient de leur fréquentation. Montparnasse agonise et Montmartre vend ses cartes postales.”
 
En 1966, son exposition à la Galerie Moron obtient un vif succès.
Mr Moron:
« Pierre Marseille fait partie de ces peintres dont on parle peu, dont on ignore ce qu’est leur vie, l’emploi de leur temps et souvent même leur nom. Des artistes en somme qui travaille semble-t-il pour eux seuls, se contentant sagement des satisfactions que leur apportent leur art et la présence affectueuse d’un groupe d’amis fidèles.
Ces conditions sont un peu anachroniques, dans notre temps où l’attention se tourne volontiers vers ceux dont les noms, fréquemment, nous sollicitent.
Par pudeur autant que par discrétion, Pierre Marseille ne se livre que très peu. Aussi, une exposition de lui est-elle un fait qui revêt chaque fois une importance marquante.
Pour un mois il expose Galerie Moron rue Sainte, c’est à dire tout près de son domicile.
Cette exposition est belle. Elle obtient un succès flatteur et encourageant, venant justifier la belle préface que, pour la présenter, a écrit André Barrère. »

André Barrère :
“Les marseillais ont bien de la chance de se voir honorer par Pierre Marseille, insoucieux de Paris, qui leur offre une exposition, après quatre ans d’attente, (pour rassurer les amis)... Malgré une incorrigible modestie lui faisant dénoncer l’éloge de Salmon comme pure exagération poétique, il a bien fallu qu’il se soumette à l’évidence du parfait jugement d’une préface volontairement conservée seule jusqu’à ce jour, et qui le définit “peintre de la Provence rendue à ses vraies couleurs, à ses rythmes authentiques, à ses musiques intérieures... ramenant le poudroiement à la vibration, dont il en extrait le rythme”.
 Il acceptait aussi le risque, déjà très apparent, d’être la “victime de son goût intelligent, quand il n’y a de chance permise qu’aux champions de la sollicitation à coups de poings”.
Il est impossible de mieux dire. Comme il est difficile de ne pas remarquer avec quelle constance Pierre Marseille a compris et mené ses dons, à l’aide d’un tempérament pétri de sensibilité heureuse et d’une sagesse instinctive d’artiste pur.
Il existe un axiome de jurisprudence, d’après lequel on n’est pas fondé à porter plainte pour un dommage auquel on a consenti. En l’occurrence, qu’il soit permis à ceux qui aiment et aimeront l’œuvre de Pierre Marseille de le féliciter d’avoir “consenti” d’emblée à récuser ces modes qui se démodent, ces vanités sociales et autres balançoires publicitaires encombrant à satiété notre bel et fugace aujourd’hui.

D’ailleurs, comment considérer autrement que de vraies petites gloires intimes et substantielles, les sympathies profondes que sa belle indépendance lui valut? Le plus simplement parisien des peintres marseillais de Montparnasse savait  être en même temps à Rive Neuve un artisan fieffé des beaux jours de “ La Bohème à Marseille”. La saveur encourageante de la vie et le besoin de vraie chaleur humaine ont alimenté les plus discrètes tendresses de ce Paysagiste du Bonheur, en lui tenant lieu d’ambition.

A l’inverse de ces gens du Nord qui descendent rugir en couleur dans le Midi, Pierre Marseille est monté d’un Lacydon attique et d’une Provence intérieure, restée naturelle, souvent toute de retenue classique, qui n’avaient pas connu de véritable impressionnisme. Vernet, précurseur aux fines valeurs argentées, Granet, dans ses études rustiques de grâce tout italique, avaient ouvert la voie. Les subtiles modulations de Cezanne le guidaient plus que ses grands préceptes constructifs.

Si les lignes élémentaires de Pierre Marseille  sont toujours sûres, son concept géométrique d’ensemble est mouvant La trame semble n’être que d’un heureux hasard. Pourtant les forces attractives de chaque oeuvre et leur matière savamment conduite entraînent nos yeux dans des mouvements exploratoires définis, suivant des arrangements qui ont des rythmes souples de chanson.

On peut parler de peinture pure, et sa peinture, à l’image de son eurythmie intérieure, réorganise la nature sans la rudoyer ou la trahir. Bien  plus qu’une copie ou  qu’une interprétation du réel, elle a le privilège rare de pouvoir mettre d’accord les initiés et les profanes: les premiers analysant la part de sensibilité et d’intuition intelligente, les autres ressentant agréablement l’originalité sans jactance d’une ambiance aussi prenante qu’apaisante.

Dans son atelier de la porte de Montreuil, sans venir à rebours emmarseiller l’Ile de France, et en proche banlieue sans populisme, il sut faire longtemps une ample provision d’ombres encore tendres, s’émouvoir aux neiges et aux nuits, prendre aux ciels leur incomparable légèreté atmosphérique. Chaque année, il pouvait alors revenir, plein d’usage et raison, dans son pays où il s’est enfin fixé.

Son oeuvre et lui-même s’identifient dans une Provence aux teintes de l’olivier, de l’amandier en fleurs, de claires et odorantes pinèdes, des treilles et des jardins. Aux dimensions humaines des montagnettes, à l’ombre quiète des villages, aux êtres accessibles et reposants, aux effluves maritimes aussi. La douceur de vivre n’y est jamais tout à fait exempte d’une secrète mélancolie. Capter l’âme diffuse d’une telle Provence n’appartenait pas à quiconque.
En peinture, il y fallait quelque moderne Corot bien à elle.”

Georges Bavastro (Le Méridional La France) :
“Ce nom qui appartient à l’histoire artistique de notre ville, évoque en effet, ce noyau de peintres et de poètes qui par leurs talents, devaient donner à Marseille un si beau lustre....
Grâce à la compétence artistique le Mr et Mme Moron les amateurs d’art de notre ville ont, aujourd’hui, le privilège de découvrir à leur tour, l’œuvre de notre concitoyen. Dernier post impressionniste des ateliers provençaux, Pierre Marseille nous dévoile en toute simplicité son amour de la matière.
  Maître dans l’art des valeurs composées, le peintre étale sa science dans l’utilisation de la gamme des gris. En effet, on remarquera que des gris-bleu et gris vert apparaissent dans les marines brumeuses du Lac Majeur. Par contre (dans celle de Marseille) pour le Vieux Port
(qui lui valut dernièrement, à Paris, le prix de la critique),
les gris sont soutenus et enrichis par l’apport de tons chauds.
Ses compositions, dont quelques-unes sont traitées à la manière de Renoir, comme par exemple la “nature morte au chapeau” rejoignent le rêve et appartiennent à la poésie.
Dans la “nature morte aux harengs”,il déploie un talent remarquable. La pureté des volumes et le registre nuancé de sa palette, donnent à cette oeuvre un air majestueux.”

Camille Rouvier dans(Le Provençal) :
“Pierre Marseille occupe une place à part dans la peinture contemporaine. Son oeuvre échappe à tous les courants. Ce qui ne l’empêche pas d’être vivante comme demeurent éternellement vivantes les oeuvres intemporelles sur lesquelles n’ont eu prise ni les modes ni les partis pris. Pierre Marseille peint ce qu’il voit, mais sa vision est si nette, si juste, qu’elle apporte à la toile une note finalement plus personnelle que ne le ferait la recherche de l’originalité à tout prix. Son art conjugue la poésie et l’exacte observation. Par son sens aigu des valeurs, par la notation graduée des tons, par la modulation de ses touches vibrantes, Marseille  accompagne de sa musique intérieure le chant sublime de la nature. “

Axel Toursky :
“Pierre Marseille dans sa longue et brillante carrière, n’aura point cherché  autre chose que remercier la nature de ses offrandes quotidiennes. Tout le reste lui est demeuré littérature, et les stériles attitudes, son atelier ne les a jamais vu poser. A plus forte raison, conserve-t-il sur le motif une sorte d’allègre indépendance qui, loin de l’isoler, le rapproche de nous. Il n’est esclave ni d’un rythme de production ni d’une cadence d’exposition.
Celle qu’il nous présente en ce moment, Galerie François Moron, illustre bien la sensibilité buissonnière d’un Méridional capable de transporter l’Estérel à Paris dans un brin de mimosas et d’accorder à la Seine le bleu du Lacydon.
Hommage rendu, par un excellent “Vieux Port”, à la ville qui l’a vu naître et dont il porte le nom, voici Pierre Marseille au cœur des bois, ou caressant du regard les iris du voisin dans un jardin borné par les grands pins qui explosent contre l’azur.

Direct, sonore, sain, ce langage sans fièvre n’est pas celui des gestations pénibles, de l’insatisfaction frénétique, du désert qui sépare, hélas, les intentions des actes : c’est le vocabulaire du bonheur.

De très alertes gouaches nous montrent comment cet artiste apprivoise et capture le sujet, qu’il s’agisse de la Cascade de Seillans ou des ruisselants paysages d’Uchaux. L’œuvre n’est pas le fruit d’une quête abrupte, elle est la simple récompense d’une attention fidèle.
En vérité , ce vif, ce capricieux, a su garder en lui, intact, l’enfant émerveillé des escapades.

Peinture claire et souvent claironnante qui n’exclut pas la tendresse, tant il est vrai que pour Marseille le soleil est aussi chaud , là-haut sur la colline, que dans la paille estivale et romantique d’une ample capeline.

Ses bouquets enlevés dans l’ivresse de l’instant ont un parfum de vérité qui nous repose des relents volontiers misérables de la réalité.

A quoi bon la révolte, quand on a la sagesse de se reconnaître simplement fait pour la vie, une vie davantage passante que passive, et qui, finalement, vaut son pesant de couleurs.
Allons ce plaisir est dans l’ordre des nôtres. »

Il offre une toile au musée de Dimona en Israël, ville nouvelle en plein désert.

En 1970, en avril ,exposition remarquée à la galerie Pinelli où sont présentées une quarantaine de toiles.

Francis Chamant secrétaire perpétuel de l’Académie de Marseille :
“Sans bruit, fuyant toute publicité tapageuse, refusant de se gaspiller, Pierre Marseille vit en ermite dans son atelier haut perché. Il est heureux de vivre près du ciel, à la cime d’une de ces ruches du domaine de l’Arsenal ou cohabitent tant d’activités si diverses, les uns aiment y évoquer les galères, d’autres tirent du dédale des couloirs des comparaisons faciles qui fleurent le roman policier bon marché. Tous s’accordent à y trouver un climat original qui contraste avec l’activité urbaine. C’est là que médite Pierre Marseille, pensant et repensant avec amour sa Provence, terre bénie des dieux et dispensatrice inépuisable de joie sans cesse renouvelées. C’est là que maître d’une palette jeune et vigoureuse, il met la dernière main à des images dont la lumière éblouit les yeux et les généreux effluves embrasent le cœur.”

Camille Rouvier (Le Provençal) :
“Sans vain éclat,  sans jamais la moindre tentation de prétendre étonner ou se distinguer, Pierre Marseille a imposé une vision personnelle du monde dont la fermeté n’a d’égale que la constance, même si elle se traduit surtout par la sensibilité et si elle exprime surtout la tendresse. Ce qui fait le charme, (dans le sens fort du terme) le charme secret de cette peinture, c’est qu’on n’y trouve ni une idée, ni une intention, ni encore moins un message, mais un homme au mieux de sa musique, légère et stimulante comme une fugue, toujours merveilleusement accordée à l’air du moment, de l’heure, de la saison. Ce qui n’empêche pas (et c’est essentiel)Pierre Marseille d’être d’abord un peintre authentique possédant à fond son métier.”

En 1974, il expose à la galerie du Lacydon. A cette occasion la direction de la galerie baptise une de ses salles “Salle Pierre Marseille.”
Sa palette n’a pas pris une seule ride. Il a 78 ans.

Jean Paul Séligmann (Le Méridional la France):
“De Pierre Marseille nous avons dit, ici même, combien il incarnait l’approche, tout à la fois simple et rigoureuse d’une communion quasi parfaite avec cette  harmonie naturelle, avec le chant du monde. Plaignons ceux qui ne savent pas l’entendre comme lui, dans une exemplaire humilité, au-delà même d’un talent, j’allai écrire : une science, dès longtemps affirmé. Pour quelques jours encore, il est permis d’aller à la rencontre de ce peintre.. et je ne vois pas qu’un qualificatif, aussi élogieux soit-il, puisse compléter son identité avec l’art qu’il a choisi et que, pour notre chance, il continu à illustrer.”

Jean Tourette (La Marseillaise):
“En dépit des ans, Pierre Marseille, a conservé sa jeunesse de cœur et d’esprit et comme tout véritable marseillais il cultive l’humour. Amoureux de sa ville natale, bien sur, il a été attiré par la lumière du Vaucluse du côté du Ventoux à Bedoin. C’était l’époque encore ou il suivait les corridas, ce qui lui valut le surnom de matador de cartel. Mais il n’a cessé de partager son temps entre Marseille et Paris.... L’amitié qui nous unit, vient de son humanisme direct. Pierre Marseille joint également à cette discipline, la discrétion. C’est un solitaire. Ses expositions sont rares. Il y a bien longtemps qu’il n’avait rien donné ici.... Cette exposition apporte un air pur. Il n’a jamais été entraîné par les valeurs d’époque. En fait une carrière est un tout. En outre les accents humains d’une oeuvre,  prise dans son ensemble, donnent un choc interne. Pierre Marseille a su concilier les deux avec une constance digne d’éloges et une personnalité qui lui a valu d’être compris et encouragé par ses grands aînés. “

Jean Paul Séligmann (Le Méridional la France) :
“Pierre Marseille ou la vie d’artiste pleinement assumée .
Pour atteindre son atelier, dans les hauteurs himalayennes du vieil Arsenal, on n’échappe pas à l’essoufflement. On en sort dans un état vertigineux, gorgé de sensations colorées (les tableaux sur les murs et les aquarelles dans les cartons ,en sont, bien sur, la cause) et la tête pleine de ces souvenirs d’une longue et exemplaire vie d’artiste. Pierre Marseille est d’ailleurs tout entier dans son style de confidences: discret, presque effacé, pour évoquer son aventure personnelle, à l’instar de son éloignement volontaire des “mondanités picturales” et de tout ce qui pourrait entacher une indépendance chèrement acquise. Au point de n’exposer ses toiles qu’une fois tous les quatre ans, une vieille habitude forgée dans le scrupule et une certaine idée de son art.
Pour forcer son extraordinaire modestie, et l’indifférence du public qui sanctionne, hélas, trop souvent, cette qualité foncière, André Salmon écrivait, en 1932, dans une vibrante dédicace: “N’ayons pas à nous accuser, demain, de l’avoir conduit à l’amertume du renoncement”. En quoi, pour la meilleure des causes, le grand critique se faisait l’avocat du diable: rien n’aurait pu, et ne pourrait empêcher Marseille de suivre son chemin de peintre, étant de ceux (ils sont combien ?) qui  se définissent dans la petite phrase aux singulières résonances: “du moment qu’on ne meurt pas de faim”.
Pierre Marseille c’est toute une vie artistique marseillaise et davantage encore. Certes, dans cet atelier haut perché, Auguste Chabaud venait peindre en compagnie de son ami, et les séjours marseillais de Pascin étaient marqués par de chaudes échappées dans les Vieux Quartiers.
Mais il y avait aussi les grandes années de Montparnasse. Soutine qui lui empruntait quelque argent en échange de ses toiles et Leprin dont on guettait le départ, en se penchant aux fenêtres, pour éviter également qu’il ne vous tape. Et puis au-delà de l’anecdote bohème et des fabuleuses bombances marquant les périodes hautes.. et entraînant les basses, l’exaltant brassage des talents, la fureur de peindre, sans autre souci d’arrivisme et, moins encore, de célébrité.
Pierre Marseille se souvient:
-Avant la guerre de 1914 certains peintres de “métier” faisaient payer 100000f or le portrait des notables dont ils avaient la clientèle. Bien entendu, leurs noms sont aujourd’hui oubliés, mais tandis qu’ils florissaient, Cézanne connaissait des fins de mois difficiles.
Pourtant, son premier tableau trouve immédiatement un acquéreur :
- A l’époque, j’avais 18 ans , je suivait un peintre, un très mauvais peintre, “pour apprendre”. C’était un spécialiste des marines, et d’une expédition commune sur la Corniche, nous avions ramenées deux toiles. C’est la mienne qui fut achetée à la grande fureur de mon “maître”, par un pâtissier de la rue de Rome, et payée en louis d’or...
Fort heureusement pour lui et pour nous il rencontra d’autres peintres, dont il préférait la fréquentation à celle des ateliers officiels. Mais ses amis montparnos n’exerçaient pas sur lui de véritable influence. Faut-il le regretter ? Imaginer qu’en épousant leur mouvement, il serait aujourd’hui “un grand nom de la peinture” ?
Vaine spéculation, qui n’effleure même pas son esprit, pas plus que ne l’agitent les occasions perdues.
-Quand je suis remonté à Paris, dans les années cinquante, mes amis étaient installés. Mais quoi, il aurait fallu que je mette une cravate et que je roule automobile...
Élégante manière s’il en fut, de signifier son incapacité à tirer les sonnettes. Et de s’en tenir à l’essentiel.
-Paris pour un peintre méridional c’est une autre lumière, une nouvelle  approche des valeurs. Il s’affine, et, revenant en Provence, il n’en ira plus pour lui comme avant.”

 

H. B.G. (Les Nouvelles Affiches de Marseille) :
Dans le sillage du Fauvisme, avec de curieuses réminiscences de Bonnard et quelquefois de Seyssaud dont il a parfois les chaudes intonations chromatiques et découpage des formes, Pierre Marseille reste en deçà de toute audace. Il sent puissamment, mais on a l’impression qu’il ne veut pas se hasarder trop loin. C’est donc une peinture bien sage qu’il nous montre...
Si les paysages où domine le souci luministe, sont traités avec une grande liberté de la touche et expriment assez bien le bonheur ressenti par l’artiste devant le spectacle de la nature, ils m’ont moins retenu que telle ou telle nature morte dans lesquelles Marseille donne toute sa mesure. Il sait que dans ce genre très difficile, tout est dans la disposition parlante des objets. Ainsi son “Coq” atteint à une vérité qui va bien au-delà de l’image. De même la “Nature morte aux harengs” où tout est disposé en vue d’échapper à la monotonie de l’objet et créer le choc émotionnel.”

Jean Boissieu :
Ce vieil artiste marseillais merveilleusement jeune, qui porte fièrement le nom de sa ville expose pour la première fois, depuis de nombreuses années un ensemble important de ses oeuvres : huiles, gouaches et quelques aquarelles. Certaines de ces dernières (je pense à un panorama des toits de Paris ou à une vue plongeante d’un coin du Vieux Port) ont une fraîcheur une légèreté, une qualité de climat à propos de quoi on évoque volontiers Jongkind. Les huiles, paysages, natures mortes ou fleurs (notamment, parmi ces dernières, un buisson de fleurettes roses qui est là pour nous rappeler que la nature est le milieu maître en composition) participent avec un bonheur pas toujours égal des mêmes vertus, rares aujourd’hui. J’ai spécialement noté pour l’amateur une très solide composition “au coq mort” certains des paysages boisés de la région vaisonnaise et, en premier lieu, une grande scène de rue à Paris, où une luminosité nacrée tempère les vibrations vives d’un marché matinal.”

En 1976, Mort de Pierre Marseille à l’hôpital Sainte Marguerite de Marseille. La presse régionale et nationale salue l’artiste et l’homme avec respect et affection. Il préparait une nouvelle exposition pour la Galerie du Lacydon.

H.B.G.(Les nouvelles affiches de Marseille) :
La brutale nouvelle du décès de Pierre Marseille a bouleversé les milieux artistiques de notre ville où il était estimé de tous. C’était un homme silencieux qui semblait vivre au ralenti. Son talent aurait du lui mériter une audience plus large, mais trop discret et refusant le tapage publicitaire, il resta toujours un peu en retrait, ne montrant sa peinture qu’aux amateurs qui appréciaient la réelle beauté de ses paysages aux chaudes intonations chromatiques et de ses natures mortes d’une rare qualité... Quoi qu’il en soit, son souvenir restera et par delà la mort son oeuvre continuera à rappeler tout ce que lui doivent ceux qui l’ont suivi dans la voie difficile de la peinture.”

Robert Gourru(Le Dauphiné Libéré) :
“...Cette disparition rapide met fin à la carrière d’un artiste dont la manière de vivre, de s’exprimer, de travailler, aura été d’une retenue d’une pudeur aujourd’hui assez rare... fuyant promesses et mirages et tout comme son ami Chabaud l’avait fait quinze années avant lui, il quitta Paris pour revenir vivre au soleil, moins glorieusement peut-être mais plus librement plus près des hommes. Une oeuvre tout en “nuancement” disait Chabaud, de cette peinture qui, travaillée avec la conscience d’un artisan, venait du cœur et parlait au cœur. “De la peinture de Pierre Marseille je dirais qu’elle s’insinue” ajoutait-il.”

Jean Tourette (La Marseillaise) :
“Paysagiste de race, peintre d’atmosphère, il a conservé toute sa vie une fraîcheur d’expression presque puérile. Ses verts étaient personnels et d’une gamme étendue. Il savait tempérer par des valeurs et des gris lumineux les sites de Provence, et surtout ceux du Vaucluse où il séjournait souvent.
Mais son oeuvre se caractérise encore par des toiles et des aquarelles peintes au cours de ses périodes parisiennes. Son inclination humaine le portait à traduire la vie des faubourgs de la capitale et le monde ouvrier qui les habitait. Les usines enfumées, les ciels bas et tristes, exprimaient une angoisse que ses pinceaux traduisaient avec une sensibilité et un langage  d’un subjectivisme profond et bien senti.
Il faut parler aussi de l’amour que le défunt portait à la tauromachie. Il laisse des toiles traitant de l’aficion dans son style propre.
La mort de Pierre Marseille laissera d’unanimes regrets. Nous ne verrons plus son sourire, sa démarche en hochet et le réconfort de son optimisme, car il y avait chez lui un fond bohème et une humanité d’une chaleur constante...”

Il repose dans le petit cimetière de Uchaux près d’Orange dans cette région qu’il aimait tant peindre et où, à la belle saison ses amis venaient le retrouver avec son épouse dans cette grande maison où se mêlait l’odeur de la campagne et celle de la térébenthine.
Il adorait la chasse et avait dressé un petit chien nommé “Caline”, avec un sifflet , car il ne savait pas siffler lui-même. A la mort du chien il cessa de chasser. “Je ne pourrai jamais en dresser un autre” disait-il. Je pense pour ma part que les jambes se faisant plus lourdes et le gibier plus rare étaient les véritables raisons de cette décision.
 En 1977, son épouse présente la première exposition posthume toujours au Lacydon.

Francis Chamant secrétaire perpétuel de l’Académie de Marseille lui rend un vibrant hommage :
“Pierre Marseille est toujours parmi nous. Si la mort l’a surpris l’an dernier, au moment même ou il préparait l’exposition qu’on admire aujourd’hui, cet ensemble magnifique a le mérite de nous le restituer dans sa plénitude.
Quel éblouissement, à la fois plastique et spirituel, nous procure cet ensemble d’où surgissent un artiste doué et un être de qualité exceptionnelle. Il était un homme de grande culture, ma sa farouche modestie, garante de sa délicatesse foncière, le confinait dans un silence dont il ne sortait que pour s’exprimer dans ses aquarelles et dans ses toiles. Aujourd’hui, c’est en quelque sorte le couronnement triomphal d’une carrière tout entière vouée à l’art et au culte de la beauté.
Il a su, malgré la fréquentation intime de ses grands amis peintres de l’époque,  conserver et même
voir s’épanouir sa personnalité propre.
C’était un autodidacte; il n’avait jamais fréquenté aucune école des Beaux Arts, mais son talent unanimement reconnu lui avait valu d’être choisi comme membre du jury du prix Stanislas Torrents, l’une des récompenses les plus postulées de l’école de Marseille.
Lorsqu’on lit son “press-book”, on est frappé de l’accord des critiques de tous bords sur les qualités et les mérites de son oeuvre. C’est un concert de louanges amplement justifiées: délicatesse de la touche pourtant large, caresse amoureuse sur un paysage avec lequel il est en parfaite communion, poésie subtile nimbant êtres, choses, fleurs et sites d’une sorte de voile mystique qui en idéalise les contours sans nuire à la véracité. Construction minutieuse d’un art essentiellement vivant, magicien d’une palette qui aboutit, par on ne sait quels détours mystérieux, à une synthèse à la fois épurée et réaliste des horizons provençaux... Ajoutez à sa valeur artistique la somme étonnante de ses qualité de cœur, de générosité, de son sens de la charité, et vous comprendrez pourquoi cet homme fut le lieu de rencontre d’indéfectibles amitiés.”

André Cartier (Les Publications) :
“Allez-y regardez bien, car il y a plusieurs oeuvres d’une qualité remarquable, qui devraient déjà figurer soit chez de grands collectionneurs, soit dans des Musées. Si elle sont encore là c’est parce que cet artiste était timide, simple, désintéressé.
C’était un artiste vrai. Il ne décevra jamais ceux qui lui ont ou lui feront confiance. Élève a l’école communale il rendait ses compositions de rédaction française avec un dessin évoquant le sujet proposé... Pas d’étude à l’école des Beaux Arts, mais membre du jury pour choisir les meilleurs élèves.”

Albert Mamberti (Le Méridional La France) :
“Pierre Marseille n’a pas la large notoriété  que son talent et la place qu’il tint parmi les grands de l’école de Paris méritent. Collectionneurs, amateurs et critiques d’art savent bien, eux, l’importance de son oeuvre et le rôle que tels ses amis Pascin, Chabaud, Leprin, Seyssaud, Valère Bernard, Kisling, il a joué dans l’expression et l’évolution picturale de la première moitié du XXe siècle.
Homme de recherche, de continuelle création et de silence, il a traversé discrètement les dernières années de son existence studieuse.
Les toiles présentées dont quelques-unes de grand format, apportent en effet la preuve impressionnante de l’originalité du peintre des sois bois et des collines. Son travail interprète l’âme de la Provence plus que le visage classique de celle-ci.”

Francis Chamand (Les Nouvelles Affiches de Marseille) :
“Modeste à l’extrême, cet artiste de grand talent n’avait pas obtenu la place que lui méritent amplement sa vision poétique de l’univers dont il sait respecter l’ordonnance générale, son labeur méticuleux et consciencieux qui lui interdisait de montrer une toile dont la maturation, lentement et amoureusement soignée, ne lui paraissait pas accomplie.
Je ne saurais rappeler ici les repères biographiques de cet “honnête homme” que j’ai signalés dans la préface de son actuel catalogue, mais il n’est pas sans intérêt de rappeler qu’il fut toujours avec ses confrères, quels qu’en fussent l’âge ou le renom, d’une humeur égale, parsemée de propos charmants. Au plus haut degré, il pratiquait le culte de l’amitié, estimant à juste titre que les communications qu’il entretenait avec une grande discrétion étaient sources d’enrichissements réciproques. Sa culture, dont il détestait de donner publiquement des preuves, nourrissait une philosophie pleine de sérénité. C’est cet apaisement foncier que l’on retrouve dans les toiles qui nous sont présentées. Leur optimisme est empreint de gravité. La lumière aussi irradiante dans ses toiles que dans ses magnifiques aquarelles, est aussi douce à nos yeux qu’à notre âme. Si le mot de message n’était pas galvaudé, on aimerait dire que celui qu’il nous livre, au-delà du tombeau, est la transmission généreuse de sa propre illumination intérieure, celle qui confond dans une étreinte mystique sagesse et élans d’un être à qui la beauté a confié ses plus intimes secrets.”

Robert Dubrou (La Marseillaise) :
“Il est encore temps de voir cette collection d’une cinquantaine de tableaux de ce peintre cézanien.
Le testament y est celui d’une vision inscrite dans l’école provençale et rattachée à ce que l’on a pu définir comme les peintre de chevalet, c’est à dire ceux qui travaillaient dans le paysage. La peinture se traduit par une rusticité que Pierre Marseille a toujours su corriger par une palette particulière où les roses interviennent dans la lumière. C’est la Provence herbue et feuillue qu’il a toujours recherchée conduisant sa recherche selon un sentier sans évidence.
On disait de Marseille qu’il était le peintre du sujet qui n’en avait pas. Et c’est vrai. Son intervention ferme d’une composition parfaite et très élaborée, lui permettait de “s’offrir” un lieu apparemment déshérité et d’en tirer un saisissant tableau.”

En janvier 1983, Mia Marseille présente une bonne exposition à la Galerie Le Ponant à Marseille en compagnie de Horace Richebé qui rencontre un succès mitigé. Pierre Marseille malgré son talent reconnu est un peu oublié chez lui.
A Paris cependant sa cote reste honorable.
Il semble payer là les règles de déontologie qu’il a observées durant sa carrière: Pierre Marseille n’a jamais su et jamais voulu se vendre.
Un ministre s’intéressait à son travail et souhaita un rendez- vous. Comme il tardait à venir au lieu de cette rencontre Marseille décida de s’en aller.
Il ne recherchait pas le client, ministre fut-il, mais il aimait connaître ceux qui achetaient ses toiles. D’ailleurs, à chacune de ses expositions, il passait deux à trois heures à la galerie, chaque jour d’ouverture. “ Les gens aiment connaître l’artiste” disait-il. C’était aussi l’occasion de rencontrer ses nombreux amis. C’est ainsi que j’ai connu Louis Audibert tout étonné que je l’appelle maître ou bien Frédéric Canepa qui lui demandait comment il pouvait réussir tous ces verts. Pierre Ambrogiani, à qui il avait fourni son premier client, lui vouait une profonde admiration et lui écrivait de longues lettres lors de ses premiers voyages parisiens, lui faisant part de ses impressions picturales sur tous les maîtres qu’il découvrait.

La collection des oeuvres d’art de Thierry le Luron fut dispersée à sa mort. Des toiles de Pierre Marseille figuraient parmi les grands noms qu’elle contenait.
D’ailleurs de grands collectionneurs n’hésitèrent pas à faire voisiner Marseille et Cézanne, Marseille et Corot.
Dans les années 50 sa cote dépassait largement celles de Loubon, Olive, Verdilhan, Ambrogiani , Arène, Canepa, etc... Seuls Chabaud et Seyssaud ,pour ne parler que des provençaux avaient une cote largement supérieure.

Le père d’une grande vedette de la chanson venait souvent aussi taper les Marseille soit à Paris soit
rue Sainte à Marseille. De guerre lasse Mia fit installer un judas à sa porte et ne reçut plus cet
importun.
Mia Marseille fut souvent sollicitée : On lui proposa de remonter la cote à condition de “lâcher” le fond d’atelier et quelques dizaine de milliers de francs pour commencer. Elle refusa catégoriquement :
“Mon mari a toujours fait passer sa passion avant sa pension” s’exclama -t-elle.

En juillet 1999, un groupe d’amis fidèles présente Au Château de Bouc Bel Air une série de toiles où la période parisienne des années cinquante est très représentée.

Daniel et Jean Chol, Huguette Lasalle réalisent la préface du catalogue:
“...Le clavier aux sonorités infinies de toute sa palette et la touche presque obsessionnelle de ses frottis à l’essence pour rendre les fonds encore plus transparents le rapprochent de l’art de Pascin ainsi que des grands maîtres nabis. Le portrait de “Mija” assure par son rendu toute la sensibilité reconnue déjà chez Pascin ou Kisling. Il se pare de toutes les subtilités des harmonies légères où les demi-tons, les nuances se marient en une symphonie orchestrée par un pierre Marseille au talent naissant. C’est un raffinement charmant de couleurs, où s’exprime une vision respectueuse de la femme qui pose dans son salon, contrastant avec l’obscur érotisme de ses amis qui prenaient volontiers pour modèle d’atelier des adolescentes...”
Les jeunes visiteurs découvrent Marseille à cette occasion et s’étonnent de la qualité de cette peinture qu’on voit trop peu il est vrai.

En 2000, durant l’été, Pierre Marseille est représenté par deux petits paysages de Provence, à l’exposition des peintres du “Péano” au Château Borély à Marseille organisée par le président Dumon et la Fondation Regards de Provence Reflets de Méditerranée. La fondation achète une toile
“Vieux Port et Pont Transbordeur.”

En 2001 durant tout l’été, Le Musée de Cassis,( qui possède une toile) lui rend hommage. Les amateurs de Provence et les touristes, souvent étrangers, apprécient chaudement cette présentation.
Dans les journées du patrimoine la visite de l’exposition est prévue mais annulée par les évènements du 11 septembre.

(La Provence Aubagne) :
Une visite s’impose pour découvrir ce peintre extraordinaire surprenant par son éclectisme, ses nuances et sa délicatesse.

J.P. Teisseire maire de Cassis exprime sa joie de voir le musée accueillir un peintre comme Pierre
Marseille.

B. Deflesselles député :
“Quand la culture bouge et rayonne, on fait reculer l’intransigeance et l’intolérance et c’est ce qui compte. Faisons rayonner notre culture, la culture provençale et la culture de notre beau pays. Faisons rayonner les cœurs et les âmes.”

Annabelle Kempff (La Provence) :
Dans un musée, à l’atmosphère chaudement surannée et encombrée, s’exposent modestement des toiles. Sans artifice  ni éclairage judicieusement orienté, elles diffusent pourtant leur luminosité dans la pièce intime du musée. Car cette lumière n’est autre que le soleil du midi, ce soleil vif et tendre, qui illumine ces paysages. Des peintures d’ambiance de sans doute l’un des plus grands et des plus oubliés chantres de la Provence. “

Marie Godfrin-Guidicelli (Marseille l’Hebdo) :
“Le Musée de Cassis rend hommage à l’un des plus fameux peintres de la Provence, un enfant du pays devenu vite célèbre à Paris. Ici, dans cet ancien presbytère, ses paysages de Provence, ses vues de Marseille, ses fenêtres ouvertes sur le port de Cassis, ses natures mortes et ses bouquets retrouvent leur fraîcheur originelle. Pierre Marseille est aujourd’hui très prisé des collectionneurs après avoir été boudé par une société marseillaise qui voyait en lui un peintre un peu trop “moderne” ! Peut-être était-ce à cause de son talent précoce, de ses Amitiés- Pascin Soutine Modigliani Foutjita Kisling etc...- ou de son surnom de “Divan le terrible” du fait de ses conquêtes amoureuses...”
 
Le pardessus de Pierre Marseille :
Durant ces trois mois d’exposition j’ ai eu le plaisir de commenter la visite de nombreuses fois et le plaisir encore plus grand de recevoir un jour un personnage fort attachant. Tailleur de son métier Jean Bracco est également passionné d’art et a souvent fait du troc avec les artistes de l’époque. Un costume ou un pardessus contre un tableau. C’est pour cette raison que l’on voit tant de tableaux chez lui : d’ Ambrogiani ,de Mentor, de Serra, de Marseille, d’Autran, de Guindon et de bien d’autres encore. Lors de la visite je montrais également quelques photographies. Devant celle représentant Pierre Marseille en compagnie de Louis Audibert Jean Bracco me dit : “Vous voyez le pardessus de Pierre Marseille c’est moi qui l’ai fait. Je le reconnais bien. Le tissus est de grande qualité mais j’en ai utilisé très peu, car ce peintre n’était ni grand ni gros, ce qui fait que je n’ai pas réalisé une trop mauvaise affaire.

Et cette biographie qui débute par le manteau de Modigliani se termine avec celui de Pierre Marseille.

Melchior Fuentes février 2007